OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Parti Pirate : “L’invention d’une culture politique” http://owni.fr/2012/05/16/parti-pirate-linvention-dune-culture-politique/ http://owni.fr/2012/05/16/parti-pirate-linvention-dune-culture-politique/#comments Wed, 16 May 2012 14:12:35 +0000 S.Blanc et G.Ledit http://owni.fr/?p=110313

Pierre Mounier à la rédaction d'Owni pendant son interview, Paris, Mai 2012

En juin, le Parti Pirate français, lancé en 2009, va vivre son premier vrai test électoral en présentant au moins une centaine de candidats aux législatives La jeune formation, comme ses alter ego des autres pays, décline la ligne de leur grand frère à tous, le PiratPartiet suédois, créé en 2006 : légalisation du partage en ligne, défense des libertés numériques, transparence de la politique, etc. Un programme qui commence à séduire comme en témoigne la présence de deux députés suédois au Parlement européen et leur entrée dans quatre parlements régionaux en Allemagne.

Le Parti Pirate a une image de rassemblement de jeunes geeks sympathiques et inexpérimentés. Pierre Mounier, qui se présente aux élections législatives dans le 20ème arrondissement de Paris (15ème circonscription), étonne : la quarantaine, professeur de lettres classiques, mais aussi fin connaisseur du numérique, puisqu’il est un fervent partisan des digital humanities, les humanités numériques, et tient un blog intitulé Homo numericus, un parfait résumé de son double profil. Comprendre le latin et le code, un cocktail rare. Son engagement auprès des Verts il y a une vingtaine d’année lui donne aussi du recul pour analyser le fonctionnement de sa nouvelle formation.

Il a pour suppléant un profil tout aussi atypique : David Dufresne, bien connu des lecteurs d’Owni, a créé en 1995 La Rafale, l’un des tous premiers webzines français, participé au mini-Rezo, “dinosaure” du web français des années 1990 ; il a co-écrit son Manifeste du web indépendant. Le texte défendait l’idée qu’Internet était le lieu où une information libre, indépendante, participative et pluraliste pouvait – devait – s’épanouir, face à la poussée consumériste.

Il a aussi trainé ses carnets de journaliste d’investigation dans plusieurs “prestigieuses” rédactions avant de partir en freelance pour explorer de nouveaux formats de journalisme sur Internet.

Ensemble, Pierre Mounier et David Dufresne ont décidé de “hacker les élections”, comme ce dernier s’en explique sur son blog :

De la politique, certes. Mais piratée, hackée, hâchée menue.
Ensemble, on écrivit ce petit bout de programme pour notre affiche :

Révolution numérique, mais appareils politiques restés à quai.
Nouveaux usages, mais contrôles d’un autre âge.
Cultures libres, mais marchands aux aguets.
Les nouvelles technologies changent le monde, et elles le font maintenant. Une possibilité s’offre désormais à nous tous: reprendre le contrôle de notre vie publique, ou laisser le Vieux Monde diriger toujours et contrôler encore.
Moussaillons ou vieux loups de mer, déçus de la politique ou utopistes, montez à bord.

La suite ici même. Très vite.
Code is poetic.

Derrière les élans lyriques, Pierre Mounier s’avance avec un discours bien construit, conscient des forces et des faiblesses du Parti Pirate français. Entretien.

Pour quelles raisons vous présentez-vous ?

Les motivations sont de deux ordres. D’une part, j’ai le sentiment que les questions liées au numérique, que ce soit la reconnaissance des nouvelles pratiques de partage culturel ou la défense des libertés numériques ne sont pas bien portées par les partis traditionnels. Les récentes déclarations (lien) de celui qui est devenu président de la République confirment ce sentiment. Il y a du travail, ce n’est pas parce qu’il y a un changement de majorité que tout va être réglé, loin de là.

Deuxième point, qui est tout aussi important, c’est l’impression que le jeu politique traditionnel représente de moins en moins bien les intérêts des citoyens, leurs aspirations et leurs besoins dans leur diversité. La solution ne réside ni dans l’abstention, c’est-à-dire de se dégager complètement, ni dans le vote protestataire, on est plutôt dans un surcroît d’engagement.

Si nous citoyens nous ne nous sentons plus représentés par le système politique actuel, ce n’est pas la faute des hommes politiques, “tous pourris” comme on dit, mais de la responsabilité des citoyens qui se sont dégagés progressivement de cette participation. La seule solution, c’est de participer : voice ou exit. Donc voice. C’est prendre les moyens, avec nos petits moyens, de retourner dans le jeu pour reprendre collectivement le contrôle de la vie publique.

Une des solutions, c’est de présenter des candidats citoyens qui ne sont pas des professionnels de la politique et qui ne le deviendront pas, quel que soit le résultat.

Bien sûr si quelqu’un est élu député, il s’engagera à fond pendant cinq ans, voire dix ans. Mais ça ne doit pas devenir le parcours d’une vie. Dans certains pays, comme en Allemagne ou en Scandinavie, il est normal d’alterner vie professionnelle et engagement public à un niveau local, national, on a même vu des ministres qui ensuite passent à autre chose quand ils ont fait leur temps.
Pour moi l’exemple, c’est Cincinnatus. C’est un modèle politique de la vieille république romaine, il cultive son jardin dans sa propriété pour améliorer la situation de sa famille. À un moment, la république est en danger et on vient le chercher parce qu’on a besoin de l’investissement d’un certain nombre de citoyens. Tite-Live raconte qu’on vient le trouver alors qu’il laboure, il laisse sa charrue au milieu de son champs pour aider la République puis il revient.
Nous ne sommes pas dans le cas d’une République en danger mais c’est important d’avoir cette possibilité.

On fait souvent le parallèle entre les Verts à leurs débuts et le Parti Pirate, vous le trouvez juste ?

Oui, car ils étaient alors peu structurés, très basiques et démocratiques. Il y avait cette possibilité lorsqu’on était simple militant de pouvoir peser sur le débat, d’avoir voix au chapitre. Avec un copain, j’étais engagé depuis un an, lors d’une AG locale à Paris, du temps où Waechter était à sa tête, nous proposons une motion intitulée “à gauche”. Tous seuls, sans appui, nous la présentons et elle passe. C’était la première fois qu’une motion en rupture avec la ligne “ni droite ni gauche” était adoptée. C’est très satisfaisant, cela donne foi dans le système politique de savoir que ce que l’on défend a une chance d’être pris en compte.

Pensez-vous que ce qui a manqué aux Verts, c’est l’Internet, qui facilite la mise en place d’une démocrative participative, comme on le voit avec LiquidFeedbackpar exemple ?
Le tournant des pirates allemands

Le tournant des pirates allemands

Ce dimanche, le Parti Pirate allemand est entré une quatrième fois dans un parlement régional. La petite formation ...

C’est un élément, mais je ne pense pas que ce soit le seul. Il y a toujours eu deux traditions chez les Verts, assez opposées. L’une libertaire, un peu anarchiste, prônant le partage du pouvoir, c’est “faire de la politique autrement” pour reprendre le slogan de l’époque.

L’autre tradition est liée à la thématique principale sur laquelle est les Verts, l’écologie. L’écologie politique est très liée à l’écologie scientifique, du coup il y a pas mal de scientifiques. Cette tradition que je vais appeler un peu scientiste, consiste à dire “il y a une crise écologique, il y a une vérité scientifique sur cette crise écologique, qui implique que l’on va prendre telles mesures”, et on peut pas discuter. Il existe donc une tradition autoritaire chez les Verts, en conflit avec la tradition libertaire. Et il me semble qu’à un moment, il y a eu un basculement.

De nouvelles traditions politiques sont aussi entrées chez les Verts à l’occasion du changement de majorité, en particulier lorsque Dominique Voynet a pris le pouvoir.

Les technologies toutes seules ne font rien, ce n’est pas parce qu’on a Internet que cela change fondamentalement le mode d’organisation d’un parti politique et qu’il est démocratique dans son fonctionnement interne, la culture politique des gens compte aussi.

Est-ce que le schéma que vous décrivez se reproduit au Parti Pirate, quelle est la culture politique des membres ? Est-ce qu’il y en a une ? Ou est-elle en perpétuelle invention ?

On est plutôt dans une phase d’invention d’une culture politique. La plupart des militants et des responsables sont très jeunes, la vingtaine. Je trouve cela très bien, ce ne sont pas des militants qui ont ce passé, parfois passif, de traditions politiques antérieures au Parti Pirate.

Ils sont frais mais cela ne signifie pas qu’ils sont dénués de culture politique.

Cette génération construit son expérience et sa culture politique à partir d’expériences fondatrices : la loi Dadvsi (loi relative au droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information) et la loi Hadopi.

Il y a eu le sentiment d’un déni de démocratie et quand je discute avec ces militants, on observe un phénomène de prise de conscience, ils se disent : comment peut-on faire ? Ils essayent  d’inventer des choses, avec Internet, pour le coup, comme par exemple la plate-forme démocratie liquide s’inspirant de l’expérience allemande.
Alors évidemment, c’est bricolé, il y a beaucoup d’aspects négatifs, mais le fond est bon et la direction dans laquelle ils se dirigent est très intéressante.

Quels sont les aspects négatifs ?

C’est bordélique, ça part dans tous les sens, les gens s’engueulent en permanence, les forums, c’est terrible.

Comment parvenir à ce point d’équilibre : rester frais tout en gagnant en maturité ?

Je ne sais pas si c’est un point d’équilibre, c’est plutôt un processus, et ce que je dois reconnaître, c’est que les responsables actuels, Maxime Rouquet et Baptiste Marcel, font un travail remarquables, . Le conseil administratif et politique (CAP), qui est un peu l’exécutif, fait un important travail de cadrage, tout en gardant un mode de fonctionnement ouvert et démocratique.

C’est là que la mobilisation des outils technologiques est importante. Par exemple, le programme a été voté en assemblée générale. Il est composé de deux parties, une innovation que je trouve intéressante : une partie obligatoire et une partie de mesures dites compatibles que les candidats choisissent de porter ou pas. Voilà un processus à la fois cadré et ouvert, un bon exemple de ce point d’équilibre.

L’exécutif se réunit tous les mardis soirs sur un serveur vocal qui s’appelle Mumble, ouvert à tous les adhérents. Ils peuvent assister aux discussions, y participer. Le compte-rendu est publié le mercredi. C’est un mode de fonctionnement transparent. Tout n’est pas parfait mais il y a une invention politique dans le détail et le fond.

Pierre Mounier à la rédaction d'Owni pendant son interview, Paris, Mai 2012

Vous avez envie de faire partie de cette instance ?

Il y a une deuxième instance, le conseil national, qui est une sorte de parlement, dont je suis membre. Il fonctionne sur un mode moins réactif et actif au jour le jour que le CAP, ce qui est normal, c’est un exécutif. Nous faisons deux réunions par mois sur Mumble, c’est moins impliquant et cela me convient pour l’instant.

Dans la plupart des partis politiques, et j’en ai fait l’expérience chez les Verts, c’est tout ou rien. Soit tu es bouffé par l’engagement et tu ne vois même plus ta famille, tu deviens un professionnel, ou tu sautes. Sinon, tu es réduit au rôle d’agitateur de drapeaux dans les meetings ou de colleur d’affiches.

Il me semble très important pour un parti de nouvelle génération, de l’ère Internet, d’offrir la possibilité de cette progressivité d’implication.

Vous communiquez beaucoup à l’international, pour vous inspirer ?

On regarde pas mal ce que font les Allemands. L’implémentation de la plate-forme LiquidFeedback vient d’eux, on a repris des logiciels.

Comment allez-vous faire campagne concrètement, alors que vous partez sur le principe d’une campagne zéro coût ?

Le principe est de dire que, puisque nous présentons des candidats citoyens non professionnels, il faut les aider à faire campagne en fonction de leurs moyens, avec des kits.

C’est là qu’il y a un paradoxe : le système de financement public des campagnes électorale et donc de la vie publique, qui est censé établir une forme d’égalité entre les partis, du fait de sa complexité, accroit le ticket d’entrée. Il y a des systèmes de contrôle assez sévères et en particulier à partir du moment où le compte de campagne enregistre un euros de dépense ou de don, tu es obligé d’avoir un expert-comptable, c’est 300 euros minimum.

Le compte de campagne concerne l’organisation – les meetings, le tractage, les affiches -. Mais une grosse partie des dépenses touche la campagne officielle : l’impression des bulletins, des circulaires et des affiches officielles. J’ai 77 000 électeurs inscrits dans ma circonscription, les frais s’élèvent en moyenne à 3 000 euros, c’est plus qu’un mois de salaire, et le Parti Pirate ne peut pas les sortir. D’où notre appel à dons.

Le Parti Pirate a proposé de faire les impressions en fonction de nos moyens, ce ne sera pas 100% des votants, mais 10 ou 20%. Concernant les circulaires, comme c’est envoyé par la Poste, c’est difficile de n’en imprimer qu’une partie.
Du coup, j’étais parti sur une campagne double zéro, 0 sur le compte de campagne, 0 dépenses officielles ou très très peu, juste pour imprimer une partie des bulletins. On fait donc tout sur Internet : les gens peuvent imprimer la circulaire et le bulletin de vote. C’est sympa mais ça plombe la campagne.

Vous allez faire les marchés ?

Non. Je pense que ça ne sert à rien. Je trouve que contrairement à d’autres pays comme l’Allemagne, les espaces publics en France sont totalement dévitalisés. Ce qu’on voit sur les marchés c’est glauque. Les gens sont en train de faire leurs courses et le candidat leur vend une salade de plus. Il n’y a pas de véritable échange ou de véritable débat.

Ce sur quoi je travaille, c’est sur l’organisation de débats publics. Pas sur les marchés, mais des débats publics où viennent ceux qui sont intéressés, sur différents points du parti pirate. De telle manière qu’il puisse y avoir cette discussion. Je l’explique d’ailleurs dans ma profession de foi. Je ne vais pas chercher à vendre ma salade aux électeurs.

Ce qui m’intéresse, c’est comment est-ce qu’ensemble on va pouvoir discuter, et commencer à construire des processus de discussion et donc de concertation, pour prendre ensemble des décisions publiques. C’est là que la plateforme démocratie liquide entre en ligne de compte. Ce sur quoi j’aimerais m’engager vis à vis des électeurs, c’est à ce qu’il y ait des processus de consultation permanents sur les sujets discutés à l’Assemblée. Je suis conscient que cela irait à l’encontre de l’esprit des institutions.

Le mandat de député n’est pas un mandat impératif. Le député, lorsqu’il est élu, il fait ce qu’il veut et n’est pas tenu d’appliquer le programme sur lequel il a été élu. Il n’est pas responsable devant ses électeurs mais devant la nation. Ce que je veux faire, et proposer, c’est de hacker ce truc là. De le pirater. Et de dire que l’esprit des institutions, cela ne marche plus.

Ce que je veux faire, c’est me transformer en député responsable justement devant ses électeurs. Et qui avant de prendre part à un vote important à l’Assemblée nationale, revient devant ses électeurs, organise des débats publics et, pourquoi pas, organise une consultation sur une plateforme de démocratie liquide. Et se sent tenu par ce qui a été voté par les électeurs de sa circonscription. C’est totalement anticonstitutionnel. Pas au sens juridique mais au sens de l’esprit de la loi. Mais cela me semble être un bon moyen pour articuler démocratie représentative et démocratie directe. Aujourd’hui, on a une opposition forte entre un système représentatif qui n’est ni direct ni participatif, et des gens qui font des expérimentations de démocratie directe mais qui à mon avis sont insuffisantes. Il me semble que l’un et l’autre doivent être articulés.

Vous avez discuté avec les formations politiques traditionnelles ?

Pas vraiment. Ma candidature est toute nouvelle, et les autres candidats n’ont pas lancé leur campagne. Mais la candidate verte va lancer sa campagne par une réunion publique, et j’irai sans doute discuter avec elle.

On parle beaucoup des difficultés du PP à s’imposer par rapport à ses homologues allemands. Les raisons avancées ont souvent trait au système électoral. Mais il va bien y avoir un moment où le PP français devra sortir de ces histoires de campagne à 0 euros, pour au moins recevoir des dons. C’est difficile de se propulser dans l’espace public sans trésor de guerre, non ?

En France, c’est la première élection où il y a une volonté de présenter des candidats à une élection générale. Là, c’est le premier coup, donc on fait avec ce qu’on a. L’étape suivante, c’est les européennes de 2014. Et ça va être très intéressant, parce qu’il y a l’idée d’une plateforme européenne des différents partis pirate qui a été formulée à Prague. Par ailleurs, c’est un scrutin de liste et proportionnel, il y aura des choses à faire. Et on a plus d’un an pour s’y préparer. L’objectif est bien de se structurer et d’avoir plus de moyen.

Pirates de tous les pays

Pirates de tous les pays

Objectif : les Partis Pirates au Parlement européen en juin 2014. Ce week-end à Prague, nous avons suivi la conférence du ...

Soyons optimistes, et imaginons que le PP parvienne à avoir plus d’envergure dans la vie politique française : il ne devra pas pour autant oublier ses origines. Ne pas oublier qu’il a pour objectif de réformer le système politique actuel, pour continuer de permettre des candidatures citoyennes. S’il l’oublie, il devient comme les Verts.

On dit toujours que l’Allemagne est avantagée parce qu’il n’y a pas cette fameuse barrière des 5%, mais de fait il y a eu un saut qualitatif important en Allemagne. Les pirates sont passés de pas grand chose à une présence dans quatre parlements. Ils ont quelque chose en plus où c’est le climat et le contexte politique qui est vraiment différent ?

Il y a plein de paramètres très différents. L’exemple allemand est intéressant, mais à mon avis on peut pas en faire grand chose ici. Premier paramètre : la culture technologique est bien plus élevée dans la population allemande qu’en France. Le Chaos Computer Club, c’est quand même quelque chose en Allemagne. Ce qu’on appelle en France, “les geeks”, ou plus simplement ceux qui s’investissent sur les thématiques numériques, sont moins nombreux en France qu’en Allemagne. Deuxième paramètre : les allemands ont une tradition démocratique bien plus vivace qu’en France. Il y a un attachement à la vie démocratique qui est bien plus fort que ce qu’on peut trouver en France. Du coup les partis comme le PP montent beaucoup plus vite à mon avis.

C’est une question de culture politique. Il y a sans doute des éléments conjoncturels qui m’échappent, et qui sont liés à la vie politique allemande, comme l’effondrement du parti libéral.

Revenons aux Verts. Cela fait 35 ans qu’ils sont dans le paysage politique. Et ils en sont où ? On peut leur faire pas mal de reproches, mais ils sont victimes d’un paysage politique complètement verrouillé.

Avez-vous un objectif pour cette élection ?

L’objectif pour moi, c’est 5%, ce qui entraîne le remboursement des frais. Je ne suis pas du tout sûr de l’atteindre, mais ça signifierait quelque chose. La composition sociologique du quartier est plutôt favorable. Il est très à gauche, mais au-delà de ça, il est composé pour une grande partie de milieux très populaires, et pour l’autre d’individus travaillant dans les secteurs culturels. Par ailleurs, c’est un quartier dont la population est jeune. On peut espérer qu’elle soit plus sensible aux thèmes portés par le PP.

Imaginons : vous êtes élu député. Quelles sont vos trois priorités ?

Ce sont les points du programme du Parti Pirate, tout simplement. La légalisation du partage non marchand et la réduction du fichage informatique, comme la suppression de la dimension biométrique des papiers d’identité.  Le troisième point n’est pas dans le programme, mais j’aimerais pousser à l’application du référendum d’initiative populaire. D’ailleurs, c’est ce que veut faire le parti socialiste. Et ça me semble très important, parce que c’est aussi un moyen de revitaliser la vie politique et la participation.

En revanche, comme je l’ai dit, je ne le ferai pas sans une consultation du corps électoral, avec débats et discussions.

Comment fait-on pour continuer de hacker sans se faire récupérer, ou rentrer dans le système, comme les Verts ?

Je pense que cela peut être endigué par la mise en place de mécanismes. Des mécanismes de partage du pouvoir par exemple. Là je n’invente pas grand chose, parce que je ne fais que redire ce que disait les Verts il y a vingt ans :

“Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument.”

Le pouvoir ne doit pas être concentré entre les mains d’un seul homme, les directions doivent être collectives et les systèmes de contre-pouvoir efficaces. Ce sont les mécanismes d’ensemble. Après, ça se joue dans les détails. Chez les Verts, il y a vingt ans, il y avait une règle simple : lors d’une réunion, ou d’une assemblée générale, il y a une heure de début et une heure de fin, et on ne dépasse pas. Ça paraît stupide, mais ça sert à ce que les gens qui ont une vie de famille ou des impératifs puissent participer. Parce que sinon, c’est à une heure du matin que le truc vraiment important est voté, et il ne reste que les durs de durs. Avec ce genre de règles simples, on limite déjà les risques de professionnalisation des personnes investies. Après, il faut sans doute des professionnels, mais il faut organiser ces différents niveaux d’investissement.

Je pense qu’un homme politique traditionnel est nécessairement professionnalisé, parce qu’il doit intégrer, intérioriser toute une masse de compétences, de connaissances, d’investissement, de techniques, de stratégies. Lorsqu’on travaille avec Internet, on peut se reposer sur des réseaux et partager beaucoup plus l’information, la faire circuler, la mobiliser. C’est amusant ces moments de campagne : on voit les hommes politiques tout seuls devant leurs micros et ils doivent répondre à toutes les questions sur tous les sujets. Il y a cette espèce de tension qui fait que l’homme politique est censé tout savoir sur tout, tout seul. Ce que j’aimerais, c’est voir un homme politique arriver avec un ordi. Et dire :

attendez deux minutes, vous me posez une question, je n’ai pas le chiffre en tête, je vais vérifier, ou mobiliser quelqu’un pour répondre. Je fais partie d’un réseau et c’est le réseau qui vous répond. Je ne suis que le point de mobilisation de ce savoir.


Photographies à l’iphone et instagramées par Ophelia Noor pour Owni /-)

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Le tournant des pirates allemands http://owni.fr/2012/05/14/le-tournant-des-pirates-allemands/ http://owni.fr/2012/05/14/le-tournant-des-pirates-allemands/#comments Mon, 14 May 2012 15:04:39 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=110059

Quatre élections régionales, quatre succès : le Parti Pirate a réalisé un sans fautes lors de la série d’élections régionales qui s’est déroulées depuis cet automne outre-Rhin. À chaque fois, il est parvenu à faire élire pour la première fois des représentants, de quoi lever de grandes espérances, à seize mois des législatives. La formation est désormais présente dans un quart des parlements régionaux.

Ce dimanche, il a obtenu 7,8% des voix en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé et le plus riche, soit vingt sièges, ce qui en fait leur plus grosse délégation. Le SPD est arrivé largement en tête, infligeant une claque à la CDU, avec 13 points de plus.

Le bal des pirates avait été ouvert en septembre avec leur entrée fracassante au Parlement de Berlin, suivi de celui de Sarre et du Schleswig-Holstein. À chaque fois le score oscillait autour de 8%. Ils se sont permis à deux reprises de dépasser le FDP, partenaire mal en point de la coalition conservatrice emmenée par la chancelière Angela Merkel. Quant à Die Linke, l’extrême-gauche, elle est en déroute. Ils talonnent les Verts, et un sondage – un peu optimiste – les avaient même placés devant eux le mois dernier.

Fondé en 2006, dans la foulée du premier Parti Pirate, né en Suède, cette jeune formation parvient à séduire avec son programme dont le cœur se focalise sur le numérique – légalisation, défense des libertés numériques, open governement -, et qui l’élargit petit à petit pour assoir sa crédibilité, comme en témoigne leur soutien au revenu de base. Ils prônent le retour à une démocratie participative horizontale, la “démocratie liquide”, avec par exemple la mise en place de leur outil LiquidFeedback : il permet de proposer des initiatives, en soutenir ou amender, et celles qui ont retenu le consensus sont ensuite proposées par les élus. Alors que le système politique parait usé et que la répression se renforce contre le téléchargement illégal, le programme fait mouche et se traduit par des bulletins sonnants trébuchants dans les urnes et en nombre d’adhérents, qui sont venus grossir les rangs après chaque victoire.

La fraicheur perdue des Verts

Pirates de tous les pays

Pirates de tous les pays

Objectif : les Partis Pirates au Parlement européen en juin 2014. Ce week-end à Prague, nous avons suivi la conférence du ...

Faire de la “politique autrement”, accent mis sur un thème nouveau, le cocktail rappelle celui des Verts à leur départ, voilà quarante ans. Des Verts qui se sont à leur tour institutionnalisés en participant à des coalitions et ont perdu leur fraicheur initiale. À ce titre, le transfert des Verts vers le Parti Pirate de l’épouse de l’ex porte-parole de WikiLeaks qui a lancé OpenLeaks, la médiatique Anke Domscheit-Berg, ressemble à un symbole.

Et c’est le défi principal qui attend le PP : gagner du poids sans être rattrapé par un système qu’ils ont la prétention de hacker, de rebooter, pour tirer la métaphore informatique. Le succès soudain peut se révéler un cadeau empoisonné, comme l’analysait Pavel Mayer, élu au parlement de Berlin cet automne :

C’est effrayant. Avec ce succès un grand nombre de responsabilités arrivent, et aussi d’attentes, que nous ne pouvons pas satisfaire. Il y a une évolution qui passe par le parti. Beaucoup de personnes l’ont rejoint, et ils doivent y être intégrés. Aussi ces 10 à 11 % que nous avons atteints signifient-ils plus de travail pour chacun de nous. Et c’est ce qui est effrayant.

Rejoindre ou pas une coalition, la question s’est posée plus vite que prévue. Le PP souhaitait échapper à l’habituel clivage droite-gauche. Mais dans la pratique, il faut bien un jour se placer d’un côté. Quand nous avions rencontré des élus berlinois peu après leur victoire, l’heure était à l’apprentissage prudent, dans l’opposition. Alex Morlang avait justifié cette position :

En Allemagne, des partis surgis de nulle part ont explosé, ils ont rejoint une coalition et ils ont perdu. Il est difficile et long d’apprendre comment le système marche, ce n’est pas une option, si nous rejoignons la coalition, nous serons réduits en pièce ou déchiquetés.

Depuis, le champagne a coulé sur leur navire et on a vu le PP proposer son soutien à une probable coalition SPD-Les Verts- au Schleswig-Holstein. Ce geste a été interprété comme un pas en direction de la gauche.

Faut-il se précipiter dans les bras d’une coalition gouvernementale, si l’occasion se présente, rien n’est moins sûr pour Sebastian Nerz, l’ancien président du PP, récemment remplacé :

On ne doit pas reculer devant les responsabilités. Mais nous ne devons pas nous concentrer sur la participation à un gouvernement. Il nous faut apprendre le travail parlementaire et nous devrions être préparé à passer d’abord une première période législative à ça et ensuite envisager une coalition gouvernementale.

Si la situation devait se présenter, par exemple parce que d’autres coalitions ne sont pas possibles ou parce que beaucoup de nos objectifs pourraient être atteints, il ne faudrait pas reculer. Mais cela ne devrait pas figurer en haut de la liste de nos tâches.

En parallèle, le Parti Pirate doit continuer d’élargir son champs de proposition. “Ce n’est pas assez de se concentrer simplement sur nos sujets initiaux, poursuit Sebastien Nerz. Il n’y a rien à gagner à bâtir à la hâte un programme complet mais nous ne devons pas non plus ignorer les sujets hors de notre cœur d’action.”

Nouveau président

Le Parti pirate français sous pression

Le Parti pirate français sous pression

Ce mercredi, le Parti Pirate français a présenté ses candidats aux législatives de juin. Les attentes sont grandes pour ...

Cette entrée dans l’âge adulte est incarné par le profil atypique du nouveau président du PP. Le jeune geek informaticien a cédé la place à Bernd Schlömer après leur congrès d’avril. Ce quadragénaire, qui s’occupe de la formation au ministère de la défense,  catholique pratiquant, père de famille au look old school, est d’abord passé par Transparency international, où il travaillait à la lutte contre la corruption en entreprise. Si on est loin du combat en faveur de la légalisation des échanges de fichiers, il y a un point commun : la volonté de transparence.

Son objectif à moyen terme est la participation à une coalition gouvernementale. Mettre de l’eau dans le vin du parti lui semble naturel. Contrairement aux informaticiens, ou du moins l’image qu’il s’en fait :

Ils pensent binaires. Une chose doit être bonne ou mauvaise. Il est difficile de les amener à un compromis. Pourtant la politique comporte parfois des compromis.

Bernd Schlömer a été élu avec 66% des suffrages… des 1 500 membres présents. Ce qui ne fait jamais que 4% des 25 000 adhérents. Reste à savoir si sa direction représente bien celle de la base.

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Le Parti Pirate allemand étend son pavillon http://owni.fr/2012/05/07/le-parti-pirate-allemand-land-mai/ http://owni.fr/2012/05/07/le-parti-pirate-allemand-land-mai/#comments Mon, 07 May 2012 15:04:34 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=109248

Les supporters du Parti socialiste célébraient également une victoire électorale ce week-end. Le Parti Pirate allemand fêtait un nouveau joli score, qui confirme son enracinement dans le paysage politique outre-Rhin. Aux élections régionales du Schleswig-Holstein, un Land du Nord pauvre et rural, il a obtenu 8,2% des suffrages, lui permettant d’obtenir six sièges. C’est autant que les libéraux du FPD, les alliés en perte de vitesse de la coalition gouvernementale menée par les conservateurs de la CDU. Certes, la formation est encore loin derrière les grands partis, respectivement 31,5% et 29,9 % pour la CDU et le SPD, et 13,3% pour les Verts. Mais l’important réside dans leur progression : le PP fait plus que quadrupler son score du précédent scrutin, 1,8% en 2009. La CDU perd le contrôle du Land, et Die Linke n’a plus de siège.

Le PP accroche ainsi un nouveau trophée à son tableau de chasse qui s’est sérieusement étoffé ces derniers mois : entrée fracassante au parlement régional de Berlin en septembre puis au parlement de Sarre en mars, ce qui lui avait valu une déclaration de reconnaissance de la part de la chancelière Angela Merkel. Selon elle, le Parti Pirate est “un facteur important” de la vie politique allemande.

Le trublion se permet même de proposer ce lundi son soutien à la probable coalition SPD-Les Verts-Südschleswigschem Wählerverband (SSW, le parti de la minorité danoise). Toutefois, il entend éviter d’être “pris dans des projets de loi gouvernementaux.”

Le parti né en Suède en 2006 séduit beaucoup les jeunes avec son programme initialement consacré aux libertés numériques, ce qui lu a valu une étiquette de “parti de geeks”. Toutefois, il continue aussi de profiter de l’usure du système actuel, en prônant la transparence en politique et une démocratie plus horizontale, avec par exemple leur outil participatif LiquidFeeback. Sebastian Nerz, le jeune président du PP allemand, nous a répété les explications qu’il avance aux médias de plus en plus curieux qui les sollicitent :

Beaucoup de gens sont frustrés par la politique en cercle fermée en œuvre depuis plusieurs décennies. Ils veulent participer aux processus politiques. Et ils constatent que les vieux partis sont incapables de résoudre nos problèmes actuels. Nous présentons des idées nouvelles, une politique ouverte et transparente et nous avons le courage de poser des questions qui dérangent.

La bourde du chef de file du PP au Parlement de Berlin, qui a récemment comparé l’ascension fulgurante du PP à celle des Nazis dans les années 30, ne semble pas avoir eu d’impact.

Envol des adhérents

Cette série de succès profite aux effectifs, qui se sont logiquement envolés ces derniers mois, chaque victoire amenant son lot de nouveaux membres, “essentiellement des libéraux” selon Sebastien Nerz. Néanmoins, le sondage qui propulsait le PP sur la troisième marche du podium des partis allemands, devant les Verts et Die Linke, parait un peu optimiste.

Progression des effectifs Parti Pirate allemand

Le regard naguère contempteur des caciques allemands de la politique a évolué. Sebastian Nerz observe non sans plaisir :

Il n’y a pas un an, ils nous méprisaient. Maintenant, ils doivent prendre en compte nos idées et la façon dont nous voyons la politique. Ils doivent adopter certaines de nos idées. J’aime vraiment ça.

Le Parti Pirate allemand entend continuer sa stratégie actuelle qui porte ses fruits : cultiver sa baseline tout en s’attaquant à d’autres thèmes pour séduire un cercle plus large.

Nous allons même élargir un programme encore plus large, mais nous continuerons de montrer que les hommes politiques peuvent travailler dans la transparence, que la participation mène à de meilleurs résultats et -surtout -, que la liberté et les droits civiques ne doivent pas être méprisés.

Le Parti pirate français sous pression

Le Parti pirate français sous pression

Ce mercredi, le Parti Pirate français a présenté ses candidats aux législatives de juin. Les attentes sont grandes pour ...

Dès dimanche prochain, c’est un nouveau test qui attend le PP, avec un morceau de taille : le Land de Rhénanie-du-Nord Westphalie, le plus important d’Allemagne tant par sa taille démographique que par son poids économique.

En dépit de leur courte existence – ils se sont lancés en 2009 -, leurs cousins anglais ont aussi passé un bon week-end électoral : ils ont atteint pour la première fois 5% des voix à l’occasion des élections locales, dans la ville de Manchester, et un autre candidat a reçu 3 % des voix.

Certes ces scores ne leur permettent pas d’obtenir un siège, mais une pression supplémentaire pour le Parti Pirate français en lice aux législatives le mois prochain et qui pour l’heure semble appliquer le principe de transparence à son existence même.


Illustration par Loguy /-)

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Le Parti pirate français sous pression http://owni.fr/2012/04/18/le-parti-pirate-francais-sous-pression/ http://owni.fr/2012/04/18/le-parti-pirate-francais-sous-pression/#comments Wed, 18 Apr 2012 16:14:22 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=106619

Drapeau du Parti Pirate sur les vitres du Lavoir Moderne - (cc) O. Noor/owni

Nous avons 230 adhérents, soit le même nombre que le Parti Pirate allemand en 2009.
Nous ne sommes structurés que depuis 2009.
Le PP suédois a obtenu 0,3% des voix à ses premières élections.

Pirates de tous les pays

Pirates de tous les pays

Objectif : les Partis Pirates au Parlement européen en juin 2014. Ce week-end à Prague, nous avons suivi la conférence du ...

Lors de la présentation de ses candidats aux législatives au Lavoir moderne parisien, à la Goutte d’Or, le Parti Pirate a pris soin d’égrener une poignée de chiffres pour relativiser les critiques sur son manque d’envergure dans le paysage politique français.

Le Parti Pirate (PP) est en effet attendu au tournant, au regard de la montée en puissance de ses homologues européens. Les Suédois ont envoyé deux pirates au Parlement européen, les Allemands vont de bon score en bon score, et serait désormais la troisième force politique du pays, devant les Verts. Beaucoup de pression donc pour ce qui est le premier test électoral national des pirates français. Maxime Rouquet, le co-président, en a convenu :

On est en retard, notre ambition est de rejoindre le score du PP allemand.

42 candidats pirates déclarés

Nos pirates ont aussi pris soin de souligner qu’ils partent désavantagés dans la course. Le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours ne favorise pas les petits partis, contrairement à l’Allemagne, qui a opté pour un système à la proportionnelle. Le FN en sait quelque chose, qui ne dispose d’aucun député. Pour avoir droit à un spot télévisé de 3 minutes, il faut présenter 75 candidats. Un objectif à portée de sabre : 42 candidats pirates se sont déjà déclarés, et une vingtaine est en attente de confirmation.

Autre problème, l’argent. Là encore, il ne fait pas bon être un nain politique. L’État rembourse le coût des “opérations de propagande officielle” uniquement des candidats passant la barre fatidique des 5% au 1er tour. Et il faut présenter au moins 50 candidats et qu’ils réalisent au minimum 1% des voix pour que chacune lui rapporte 1,63 euros par an pendant la durée du mandat.

Conférence de presse du Parti Pirate au Lavoir Moderne - (cc) O. Noor/owni

Or la simple impression des bulletins revient à 3 000 euros environ par circonscription. Qui dit comptes de campagne dit certification, dit expert comptable, dit 300 euros. La situation est claire :

Le Parti Pirate ne peut pas rembourser ses candidats.

“Campagne 00″ : zero cost

Du coup, le PP a opté pour campagne, non pas low cost mais zero cost, baptisée “campagne 00″ :

- zéro euro de dépense de campagne.

- zéro euro de bulletin.

Il vous faudra donc imprimer votre bulletin. Stratégie de moindre frais qui a laissé sceptique une partie du public . Un curieux a d’ailleurs alpagué les membres du parti  :

Mais faites campagne ! N’ayez pas peur de dépenser, et soyez malins, faites par exemple imprimer des tracts par des copains au boulot. Votre stratégie est trop limitante.

Le décollage, c’est maintenant, vous êtes le premier parti post-Internet, foncez !

Une proposition qui trouvera un écho faible. En lieu et place, Maxime Rouquet évoque mollement le hacking de propagande, avec pour exemple leurs cousins allemands  qui nettoient des murs sales pour n’y laisser que le logo du Parti Pirate.

En cours de structuration

Par-delà les histoires d’€, le PP fait face à trois autres difficultés. D’une part, son programme ne couvre que cinq axes, qui ne sont pas au centre des préoccupations des Français en cette période de crise. Vous me direz, en Allemagne aussi, et ça ne les a pas empêché de percer.

Un pirate à l’abordage du PS parisien

Un pirate à l’abordage du PS parisien

Hervé Breuil, figure de la culture du quartier populaire parisien de la Goutte d'Or à Paris, est en guerre contre les ...

Au menu, la légalisation du partage, la lutte contre le fichage, l’indépendance de la justice, la transparence de la vie politique et l’ouverture des données publiques. Interrogés à ce sujet, les pirates ont répondu que les questions socio-économiques étaient en cours de réflexion. Outre le programme officiel, approuvé par les trois quarts des adhérents, il y a des mesures pirato-compatibles, approuvées à la majorité simple. Parmi ces dernières, on trouve le revenu de vie ou bien encore l’allocation universelle. Le PP s’est aussi rapproché du collectif citoyen Roosevelt 2012.

Enfin, le parti est victime d’une double exigence contradictoire. D’un côté, une partie des citoyens aspirent de la “politique autrement”, qui ne soit pas le fait de politiciens à vie, roublards et rouées.

Mais par ailleurs, le PP français est desservi par ses maladresses de débutant dans le grand bal de la politique, comme sa communication peu rodée, et on lui renvoie parfois dans la figure. Tout l’enjeu sera de garder leur fraicheur et leurs convictions tout en affutant leur sabre, de rester des amateurs au sens étymologique du terme, des gens qui aiment. Et pas le pouvoir comme fin en soi tant qu’à faire. Législatives en juin, municipales, territoriales et européennes en 2014, le terrain d’exercice est vaste.


Photographies par Ophelia Noor pour Owni /-)

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Un pirate à l’abordage du PS parisien http://owni.fr/2012/04/18/un-pirate-a-labordage-du-ps-parisien/ http://owni.fr/2012/04/18/un-pirate-a-labordage-du-ps-parisien/#comments Wed, 18 Apr 2012 14:36:28 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=106443 ème arrondissement. Enjeu : sa salle de spectacle le Lavoir moderne parisien. Nouvelle arme : une candidature aux législatives sous l'étiquette du Parti Pirate. ]]>

Gogol 1er, artiste et mentor, et Hervé Breuil (à droite) avant la conférence de presse au Lavoir Moderne à Paris XVIII, mercredi 18 avril 2012 - (cc) O. Noor/owni

Partir à l’abordage du fief socialiste du XVIIIème arrondissement de Paris, fief du maire Bertrand Delanoë, de Daniel Vaillant et de Lionel Jospin : telle est l’ambition d’Hervé Breuil, figure de la culture du quartier populaire de la Goutte d’Or. Sa stratégie : se présenter comme candidat du Parti Pirate aux législatives de juin prochain, dans la 19ème circonscription. Il l’a annoncé ce mercredi lors de la conférence de presse du Parti Pirate (PP), qui présentait ses candidats aux élections.

Le Parti pirate français sous pression

Le Parti pirate français sous pression

Ce mercredi, le Parti Pirate français a présenté ses candidats aux législatives de juin. Les attentes sont grandes pour ...

Cette candidature est une nouvelle bataille dans la guerre qui l’oppose à nos éléphants roses. Il les accuse de vouloir rayer de la carte un lieu emblématique de la culture populaire authentique. Depuis un quart de siècle, Hervé Breuil s’est effectivement fait une réputation à la tête du Lavoir moderne parisien, une salle de spectacle qu’il a créée dans le lavoir dont s’inspira Zola pour L’Assommoir, rue Léon.

Son credo, la création artistique et le multiculturalisme, qu’il s’est efforcé de promouvoir dans le quartier. Une sorte d’anti-104, ce centre culturel créé artificiellement au milieu d’un quartier populaire par la volonté de la Mairie de Paris, qui n’a jamais pris racine. Car les gros sous ne sont pas la garantie d’une implantation réussie. A contrario, Le Lavoir moderne parisien a un budget nettement plus modeste que le 104, des dettes, 48 000 euros, mais il peut être fier de son bilan. Même Le Figaro le soutient avec force, c’est dire.

Le Lavoir moderne, 35 rue léon, Paris XVIII - (cc) O. Noor/owni

Grève de la faim, lettre ouverte au maire de Paris, mobilisation d’artistes, démission de son poste de directeur, Hervé Breuil a multiplié les actions pour se faire entendre. La dernière en date : hisser les couleurs du Parti Pirate, au propre comme au figuré. Un choix logique :

C’est naturel par rapport à mes convictions. Le Parti pirate défend la liberté culturelle, la transparence. Je pratique la démocratie culturelle, ils prônent la démocratie ouverte. J’aime ce rapport ouvert, dans le sens de la mondialisation. Je sens aussi la rupture, entre l’ancienne génération et la nouvelle, qui a grandi avec Internet, et le Parti Pirate dépasse les clivages gauche-droite, il se place dans une logique avant-après. Ils sont en train de renverser la politique.

Symboliquement, le Parti Pirate a choisi de faire sa conférence de presse au LMP, “un haut lieu de la culture libre”, et lui a laissé le micro en introduction pour qu’il rappelle la situation.

Numérique

Le Parti pirate est issu de la culture numérique, un candidat comme Hervé Breuil peut sembler atypique, avec ses allures de titi parisien. En dehors du couplet sur les-jeunes-qui-baignent-dans-le-numérique, le néo-candidat pirate fréquente Internet depuis quinze ans. Il a exploré depuis les années 80 et de ce qu’on appelait alors le multimédia. Il se souvient :

Cela fait longtemps que je réfléchis à l’apport d’Internet, je me suis connectée pour la première fois en 1995. Je militais pour Altern.org J’ai fait partie des 45 000 abonnés qui ont été coupés à leur fermeture. Et dès les années 1980, nous avons organisé des expériences multimédias, il y a eu douze performances de 1986 à 1995.

Entrée en résistance

Côté stratégie, pas de flyers, de meeting, d’affichage : il laisse ça aux “vieux renards qui ne pensent qu’à garder leur place”. Idéalement, Hervé voudrait opter pour la tactique du silence, de même qu’il s’est efforcé en tant que directeur d’accompagner les artistes, de leur “offrir une qualité de silence”.

Drapeau du Parti Pirate sur les vitres du Lavoir Moderne - (cc) O. Noor/owni

Mais ce n’est pas en se taisant qu’on atteint l’objectif ambitieux qu’il s’est fixé : 6% des voix (pour mémoire, le score maximal du Parti Pirate aux législatives est de 2,08 %). Il évoque la mise en place d’“un système de résistance”, qui cherchera à mettre en avant les idées et pas la personne. Toutefois, c’est bien sa personnalité au background d’artiste qui donne le ton :

On va installer un mini-camping de survie, une cantine, une web TV en direct avec des actions tous les jours, le Lavoir moderne parisien sera le premier “lieu pirate” ouvert à Paris. On avance dans la provocation, la surprise, la performance, le décalé. On veut des formes neuves, pour ringardiser les pratiques actuelles.

Expérience

Pour être sincèrement usé par son combat, Hervé Breuil n’en est pas moins un communicant efficace, dont ferait bien de s’inspirer le bégayant Parti Pirate français. Faire bénéficier ses cadets de son expérience en matière de politique fait partie de ses projets.

Hervé Breuil avant la conférence de presse au Lavoir Moderne à Paris XVIII, mercredi 18 avril 2012 - (cc) O. Noor/owni

Et on se dit qu’avec de tels profils, le Parti pirate arriverait peut-être à décoller, à l’image de ses frères allemands ou suédois. Malgré le sempiternel argument du système électoral français qui ne favorise pas les petits partis. Lui voit loin, rêve d’une triangulaire dans sa circonscription, pense déjà aux régionales, aux municipales et aux européennes. Mais garde un flou artistique sur la façon de gagner :

“Il ne faut pas opter pour la stratégie de la visibilité car c’est la porte ouverte à la récupération.”


Photographies par Ophelia Noor pour Owni /-)

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Pirates de tous les pays http://owni.fr/2012/04/16/pirates-de-tous-les-pays/ http://owni.fr/2012/04/16/pirates-de-tous-les-pays/#comments Sun, 15 Apr 2012 23:40:48 +0000 Aidan MacGuill http://owni.fr/?p=106116

Rick Falkvinge, fondateur du Parti Pirate, en Suède en 2009

Le soleil de ce week-end sur la capitale tchèque se conjuguait parfaitement à l’ambiance très optimiste qui régnait parmi plus de 200 délégués des différents Partis Pirates venus du monde entier. Représentants 29 pays, ils se retrouvaient à Prague pour la Conférence du Parti Pirate international, autour de dirigeants encouragés par les succès électoraux que le mouvement connaît en ce moment en Allemagne.

Le bon parti Pirate

Le bon parti Pirate

Le Parti Pirate continue sa progression et entre dans la cour des grands. En Allemagne, le parti politique militant pour une ...

De récents sondages indiquent que le Parti Pirate allemand devient la troisième force politique du pays, tandis que les prochaines élections régionales, au mois de mai, devraient renforcer ses implantations locales.

Avec l’Autriche où le Parti Pirate est crédité de 7 % des intentions de vote, un nombre de militants en augmentation aux États-Unis, au Maghreb et en Europe, les Partis Pirates accèdent ici et là à une véritable reconnaissance institutionnelle – comme en attestait par exemple la forte présence de médias allemands.

Pavel Mayer, élu au parlement de Berlin l’an passé, lors de la première grande victoire électorale du Parti Pirate, se montre optimiste mais prudent :

C’est effrayant. Avec ce succès un grand nombre de responsabilités arrivent, et aussi d’attentes, que nous ne pouvons pas satisfaire. Il y a une évolution qui passe par le parti. Beaucoup de personnes l’ont rejoint, et ils doivent y être intégrés. Aussi ces 10 à 11 % que nous avons atteints signifient-ils plus de travail pour chacun de nous. Et c’est ce qui est effrayant.

Dans ce contexte, à Prague, les débats ont principalement porté sur les prochaines échéances électorales. Avec pour objectif les élections au Parlement européen de juin 2014, pour lesquelles, dans chaque pays, les Partis Pirates présenteront des candidats. À ce titre, la principale mesure décidée lors de la conférence a porté sur la création d’un Réseau européen des Partis Pirates, destiné à coordonner les campagnes et à préparer des coopérations entre les futurs députés. Pour Mikulas Ferjencik, délégué tchèque :

Nous devons nous présenter à ces élections sous le même drapeau.

Sur le fond, les thèmes de prédilection du Parti Pirate – la transparence et l’accès aux processus politiques, les libertés numériques et la réforme des droits d’auteur – semblent rencontrer la curiosité d’un électorat à la fois déçu par les partis conventionnels mais inquiets devant des textes autoritaires et des accords commerciaux préparés à huis clos. Selon Rick Falkvinge, l’un des fondateurs du Parti Pirate suédois :

Ce sont des sujets essentiels et ils ont toujours été essentiels. Le problème c’est que les médias généralistes ne comprenaient pas qu’il s’agissait de sujets majeurs pour les générations connectées (…) Le phénomène n’est pas nouveau. C’était la même chose pour les écologistes ou pour les partis travaillistes. Ils n’étaient pas perçus comme légitime jusqu’à ce qu’ils soient élus. Alors, leurs propositions ont pu acquérir une légitimité – tels les dispositifs reposant sur la solidarité pour les salariés, ou le développement durable pour les écologistes.

Présence du Parti Pirate dans le länder de la Sarre (Allemagne)

De ce point de vue, dans son intervention lors de la conférence, l’auteur et théoricien Cory Doctorow a décrit deux convictions qui se répandraient chez les générations numériques. D’une part, que les politiciens ne les représentent pas (Doctorow parle de « nerd fatalism ») ; d’autre part que leur technologie leur permet de contourner un arsenal législatif restreignant les comportements en ligne. À ce titre, le traité ACTA et les débats qu’il a suscités constituent un point de non-retour, selon Doctorow, mobilisant ainsi toute une population pour laquelle le Parti Pirate défendrait le mieux ses convictions. Pour Rick Falkvinge :

ACTA a certainement joué un rôle à l’échelle européenne, mais aussi, de manière plus décisive, à l’échelle nationale. Si vous observez la Pologne (…) ça a donné au Parti Pirate une base solide pour relancer ses opérations.

En Grèce, trois mois après la création du Parti Pirate, 800 membres avaient déjà été recrutés. Et les sondages créditent maintenant le mouvement de 1 % des intentions de vote pour les élections de mai. Pour Yiannas Panagopoulos, délégué grec :

Beaucoup de gens ne nous connaissent pas encore, mais ceux qui nous ont découverts réagissent très positivement. Ils apprécient que nous utilisions la même démocratie directe dans notre propre parti que celle que nous tenterons de mettre en œuvre au gouvernement. Par opposition aux partis conventionnels, nous offrons la transparence et l’accessibilité.

Cette accessibilité aux processus de décisions politiques, sorte de culture de l’open source appliquée à la gestion des affaires publiques, est un principe fondateur affirmé pour les Espagnols du Parti Pirate catalan (région de Barcelone). Selon Kenneth Peiruza, l’un de ses 762 représentants :

Nous défendons l’accès libre au savoir, à la culture et à l’information. Nous estimons qu’il s’agit d’un minimum de base pour une démocratie en bonne santé (…) Nos membres ont 33 ans en moyenne, généralement ils ont fait des études universitaires. À 70 % ce sont des hommes, comme dans n’importe quel autre parti. Nous sommes majoritairement des enseignants, des professionnels de santé, des artistes et des scientifiques.

Un Acta de guerre

Un Acta de guerre

Samedi dernier, un peu partout en Europe, des dizaines de manifestations se sont déroulées contre l'Acta ; un texte qui ...

Un autre membre de la délégation catalane, Muriel Rovira Esteva, note que les médias généralistes leur proposent maintenant de participer à des émissions grand public après les avoir superbement ignorés lors des trois dernières élections de l’an passé.

Ailleurs, en particulier en France et en Grande-Bretagne, la bipolarisation de la vie politique empêche des petits partis d’émerger véritablement lors des élections nationales.

D’où leur intérêt, dans de tels cas, à miser sur les élections européennes. Pour Ed Geraghty, représentant du Parti Pirate britannique et membre du bureau du Parti Pirate international :

Nous faisons ce que de nombreux autres partis ne font plus – frapper à la porte et discuter avec les gens. Nous tentons surtout de les impliquer dans le processus de vote.

Au-delà de ces enjeux électoraux, la conférence a souligné la portée des débats initialement engagés autour du droit d’auteur et des systèmes de surveillance et de contrôle qui lui sont actuellement associé. Pour Cory Doctorow :

Une fois que vous espionnez les loisirs choisis par une population, vous espionnez l’usage qu’elle fait de ses réseaux, ce qui signifie donc que vous espionnez tout.

D’autres interventions ont permis de dépasser le cadre numérique, étroitement technologique, d’une partie des commentaires et des discussions sur ACTA. Une problématique que Julia Schramm, déléguée allemande, résume en une phrase :

Le Parti Pirate n’agit pas pour Internet ; mais pour la liberté.

De grandes intentions donc. Qui n’empêchent pas les réflexions dignes des professionnels de la politique. Tel Rick Falkvinge, précisant que le plus dur n’est pas de se faire élire, mais d’être réélu.

Retrouvez ici-même tous nos reportages sur les différents Partis Pirates.


Image par Loguy

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Le bon parti Pirate http://owni.fr/2012/03/30/le-bon-parti-pirate/ http://owni.fr/2012/03/30/le-bon-parti-pirate/#comments Fri, 30 Mar 2012 11:01:10 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=103861

Le Parti Pirate est “un facteur important” de la vie politique allemande. Cette déclaration ne vient pas d’un porte-parole de cette jeune formation politique née en Suède et qui a essaimé dans plusieurs pays. Mais de la chancelière Angela Merkel.

Elle réagissait à l’entrée dimanche dernier du Parti Pirate (PP) au Parlement de la Sarre, un petit État régional frontalier de la Lorraine. Les pirates affichent un score de 7,4%, ce qui en fait la quatrième force politique dans ce Land, devançant les Verts et les Libéraux du FPD, qui font partie de la coalition gouvernementale. Avec un piteux 1,2% ils sont même privés de sièges en Sarre.

A contrario, nos pirates partaient de… rien.

Berlin prend le parti des pirates

Berlin prend le parti des pirates

Contre les surveillances électroniques. Pour les libertés numériques. Pour la libre circulation des savoirs... Les Partis ...

Un coup d’éclat qui conforte celui de septembre dans la ville-État de Berlin : 9% des voix, 15 sièges sur 149. Mais ce nouveau beau score a  davantage surpris certains. La victoire du PP de cet automne “n’est pas si étonnante vue de Berlin, analysait OWNI. “Son programme est fondé sur des idéaux de libertés, de partage des connaissances et de démocratie participative chers à une partie importante de l’électorat local. Pour une ville peuplée de jeunes créatifs cosmopolites, dont une kyrielle d’artistes digitaux, graphistes et vidéastes en tous genres, ces idées ont rencontré les attentes d’une génération.”

On the road, IRL

Mais la Sarre n’a pas le même profil, c’est un tout petit État industriel : “Je croyais que les Pirates étaient un phénomène de grandes villes. Je suis un peu étonné de leur score en Sarre”, a expliqué à l’AFP le politologue de l’Université libre de Berlin, Nils Diederich. Des idées reçues qui indiffèrent les pirates qu’OWNI a contactés. À commencer par les gagnants :

Nous avons décidé de rencontrer les gens “offline” dans les zones provinciales de la Sarre. Nous avons présenté nos événements de la “tournée des pirates” dans les régions provinciales. Nous pensons que de nombreuses personnes comprennent notre message politique. Nous ne sommes plus le parti d’une seule bataille.

Si le cœur de cible, lié à ses origines, est celui des des “geeks”, son audience semble bien aller au-delà. Gefion Thürmer, membre du bureau national, renchérit :

Le PP est peut-être vu comme une formation urbaine par des observateurs superficiels, mais ce n’est certainement pas le cas. Nos centres d’intérêt, les droits fondamentaux, la participation citoyenne ou la transparence de l’État, sont aussi importants dans les zones urbaines que rurales. Ils touchent les gens dans toutes les couches de la société.

Le père du PP “impressionné”

Le Suédois Rick Falkvinge, qui a lancé le PP en 2005 avant de se mettre en retrait, analyse à l’aune de l’expérience dans son pays :

Je ne pense pas que ce soit si urbain, comme c’est un changement progressif et global qui met l’accent sur les citoyens en tant que force positive dans la société, d’une façon que les partis traditionnels ont délaissée. Après la victoire du PP suédois aux élections européennes, les analystes politiques étaient dans l’embarras car aucun des clivages traditionnels ne s’appliquaient. Seuls deux phénomènes revenaient : les jeunes nous soutenaient beaucoup et nous avions des places fortes dans les universités, en particulier les universités de technologie. Ce qui signifie que nous avions beaucoup d’activistes dans les villes avec des universités et notre organisation était moins forte dans des zones industrielles.

Surpris n’est peut-être pas le mot juste mais je dois reconnaitre que je suis impressionné par la capacité opérative et politique du PP allemand, comment ils apprennent et s’adaptent vite.”

Le Parti Pirate fait chavirer Berlin

Le Parti Pirate fait chavirer Berlin

Le Parti Pirate allemand a fait parler de lui en obtenant 15 sièges au Parlement de Berlin. Il revendique une stratégie ...

Selon lui, Berlin, de par sa nature de ville progressiste, a constitué un terreau fertile dans leur essor. Sans compter l’impact symbolique d’une victoire dans la capitale.

“Ils ont pu étendre leurs propositions à d’autres sujets de société, poursuit Maxime Rouquet, le co-président du Parti Pirate français. Par exemple ils ont proposé la gratuité des transports à Berlin. C’est un des différents avenirs possibles pour les PP.”

En revanche, derrière l’hommage d’Angela Merkel, on sent poindre du mépris du côté des partis traditionnels. Ainsi le secrétaire général de la CDU Hermann Gröhe a rejeté le PP dans les limbes des partis protestataires, une façon de dire qu’il ne saurait être un parti de gouvernement sérieux :

Les jeunes hommes qui votent pour la première fois émettent de forts messages protestataires (…) Comment répondre à ces appels à plus de transparence et de participation en politique ?

Plus de 10 000 nouveaux adhérents

L’objectif est maintenant de conforter ces débuts fracassants – un record depuis la fondation de la République fédérale allemande, note Der Spiegel. Les tests électoraux vont vite venir et le PP se montre confiant, à l’image des sondages : si la Sarre s’est senti concerné par le programme du PP, le Schleswig-Holstein et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie devrait en faire autant, conclut Gefion Thürmer. Elle brandit des chiffres flatteurs :

Depuis les premiers sondages à Berlin qui nous donnaient presque 5% et grâce à notre entrée dans  les deux parlements, nous avons gagné plus de 10 000 nouveaux adhérents. Ils ont besoin d’être intégrés, nous avons deux élections régionales encore cette année et il faut préparer le scrutin national de 2013. Nous sommes persuadés que nous pouvons remporter quelques sièges au Bundestag.

Si le cas se présente, quelle coalition rejoindre ? La question n’est pas encore tranchée : “nos membres devront le décider, détaille Gefion Thürmer. Bien sûr, nous voulons faire avancer nos positions politiques et si, à long terme, c’est mieux de passer par une coalition, c’est quelque chose que nous envisagerons.”

Rick Falkvinge est confiant dans sa progéniture, au point de considérer l’entrée au Bundestag comme acquise :

Je suis persuadé que le PP allemand continuera d’avoir du succès à court terme. Une fois au Bundestag, il y aura d’autres défis. Mais à voir comment ils influent le jeu politique avec une honnêteté brute de décoffrage envers les gens qui les ont élus, mon sentiment est qu’ils vont continuer de grossir dans les décennies suivantes et rester une locomotive pour les autres PP.

Aux élections à venir en mai, le PP est crédité de 5% des intentions de vote au Schleswig-Holstein et de 6% en Rhénanie du Nord-Westphalie, en mai.

Rick Falkvinge, fondateur du Parti Pirate, en Suède en 2009

Si le développement de cette force politique nouvelle rappelle l’émergence des partis “Verts”, il s’agit d’éviter de suivre leur exemple en s’engluant dans des accords de coalition. Gefion Thürmer estime qu’ils sauront éviter cet écueil. Question de bons réflexes et d’époque aussi :

Les Verts ont vieilli et au lieu de garder en tête ce qui faisait leur spécificité, ils se sont institutionnalisés et ont adopté le comportement des autres, ils n’osent plus suivre de nouvelles idées ou élaborer des concepts inédits.

Le système du PP, fondé sur une démocratie qui vient d’en bas et où toutes les décisions sont prises par les membres, ne court pas autant le risque que cela arrive, il y a tant de gens qui apportent de nouvelles idées.

L’exemple allemand

Avec la Suède, l’Allemagne est le seul pays où les pirates ont pris un tel essor politique. Gefion Thürmer estime que le contexte allemand n’est qu’un des aspects qui a contribué à leur succès :

Les Allemands ont certainement attendu un parti qui ne les déçoive pas et essaye vraiment de servir le peuple. Ils sont habitués à  des hommes politiques qui n’écoutent pas leurs besoins ou ne comprennent pas la façon dont la société fonctionne aujourd’hui, avec les nouveaux développements de la société de l’information. Le PP est différent : il part d’une génération qui embrasse ces changements au lieu de les rejeter et essaye d’adapter dans la mesure du possible pour rendre la politique davantage ouverte vers les gens au lieu de décider d’en haut ce qui est le mieux pour eux. Les gens veulent être responsables de leur vie et de leur société et le PP veut mettre tout le monde en capacité de le faire. Vraiment.

Et un des outils de ce qu’ils ont appelé la “démocratie liquide”, c’est LiquidFeedback, une plate-forme pour faire des propositions, les amender, les voter.

Le PP français, qui présentera des candidats aux législatives en juin, commence à suivre l’exemple allemand, même si notre système électoral est moins favorable aux petites formations. Maxime Rouquet détaille leur programme :

C’est une source d’inspiration pour nous. Cette année, nous mettrons en avant cinq thèmes, le libre accès à la culture, l’indépendance de la justice, l’ouverture des données publiques, la défense de la vie privée et la transparence de la vie politique. On commence aussi à prendre positon sur l’écologie. Nous pouvons nous appuyer sur les PP qui sont le plus en avant sur tel thème, comme nous communiquons beaucoup. Avant de faire une proposition, nous voulons bien étudier le dossier.

Histoire de ne pas prendre une petite claque perfide du type de celle du politologue Nils Diederich, rapportée par l’AFP :

Je n’exclus pas qu’ils passent le seuil des 5% pour entrer au Bundestag, mais il leur faudra ajouter un peu plus de substance politique.


Photographie de l’assemblée et graphique via le Parti Pirate de Sarre (CC-BY)
Portrait de Rick Falkvinge par Robin I Rönnlund (CC-by)

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Une pirate contre ACTA http://owni.fr/2012/02/22/une-pirate-contre-acta/ http://owni.fr/2012/02/22/une-pirate-contre-acta/#comments Wed, 22 Feb 2012 17:08:30 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=99160

Amelia Andersdotter, Parti Pirate suédois, en visite à Paris, février 2012. (cc) Samuel Huron/Flickr

Pantalon orange pétant, comme la salopette de son collègue élu au Parlement de Berlin,  veste violette toute aussi éclatante, la parole spontanée à l’image de ses tweets, 24 ans et des études pas finies, et pour cause : la jeune Suédoise Amelia Andersdotter est très prise par son nouveau job. Pas un mac job mais un siège de député au Parlement européen (PE) où elle représente le Parti pirate (PP).

Élue en 2009, elle n’y est entrée qu’en décembre, après que la ratification du Traité de Lisbonne a donné un siège de plus à la Suède. Elle a donc rejoint Christian Engström, de 27 ans son aîné. On ne s’attardera pas davantage sur son âge qui en fait la benjamine du PE : “C’est la même chose que d’être vieux, vous devez échanger avec vos collègues de la même façon. Je préfère me concentrer sur mes sujets”.

Une tyrannie du droit d’auteur nommée ACTA

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Un traité commercial, Acta, propose d'entériner la vision du droit d'auteur des industries culturelles à l'échelle ...

Et ses sujets, on s’en doute, sont ceux au cœur du programme du parti pirate : propriété intellectuelle, défense des libertés numériques et de communication, vie privée. Elle a déjà du pain sur la planche puisqu’elle est rapporteur pour la commission ITRE (Industrie, recherche et énergie) d’ACTA, le fameux traité anti-contrefaçon portant les intérêts du lobby des industries culturelles, en particulier une vision maximaliste de la propriété intellectuelle et du droit d’auteur. Un dossier en béton pour celle qui s’est rodée à la politique en coordonnant à l’international les Young Pirates, l’organisation du PP dédié aux jeunes. En béton et sous le feu des critiques comme en témoigne l’annonce ce mercredi de la saisine de la Cour de justice de l’UE par la Commission européenne et une nouvelle série de manifestations dans toute la France samedi.

Nous avons échangé avec elle sur ce sujet que nous suivons avec attention, entre autres, à l’occasion d’un débat organisé à Paris par le lab le Fabelier la semaine dernière.

Quel jugement portez-vous sur le Parlement européen ? Il est souvent décrit comme une organisation inefficace et coûteuse, votre expérience vous a-t-elle confirmé cela ?

C’est vraiment un lieu de travail unique, où se déroulent énormément de réunions. La vision de l’extérieur est en partie juste. Quand vous avez un débat politique sur l’évolution de la législation, c’est parfois bien s’il prend du temps. Dans d’autres cas, c’est aussi un problème quand la loi n’est pas mise à jour assez vite.

En général, le processus est long. Entre la première proposition, le vote final et la mise en application dans les États membres, cela peut prendre 5-6 ans, parfois jusqu’à 10. Dans mon champ, la régulation des télécoms et du droit de la propriété intellectuelle, quand les législateurs ont agi à la hâte, nous nous sommes souvent retrouvés avec un mauvais cadre législatif.

L’ambiance est collégiale mais le Parlement est un mélange d’institution politique et diplomatique. Il y a une part de régionalisation, une conséquence des liens plus forts que les députés ont avec leur pays d’origine. Par exemple, mes relations avec la France sont lointaines. Comme je ne parle pas la langue, je ne lis pas les informations françaises. Je ne saisis donc pas ce qui ce passe dans le débat national.

Vous êtes rapporteur pour la commission ITRE sur le dossier ACTA, en quoi consiste votre travail ?

Ma commission fera une recommandation sur ACTA à la commission commerce international (INTA). Ce dossier est plutôt prestigieux car il attire l’attention en Europe. Nous savions que cela serait un gros chantier quand il a atterri sur notre bureau l’année dernière, mais nous n’avions pas anticipé l’ampleur du débat public à son sujet. Les points du traité concernant l’industrie prendront l’essentiel de mon temps au printemps.

La difficulté d’accès aux documents préparatoires a été clairement gênant durant les négociations. Quand elles ont commencé en 2007, personne n’y était préparé. La plupart des industries n’ont pas anticipé le début des négociations. Généralement, ce type de discussion a lieu dans des forums multilatéraux, dans des réunions plus ou moins publiques et ouvertes, davantage accessible à tous les représentants de l’industrie et à la société civile.

Ce ne fut pas le cas pour ACTA et il a fallu attendre 2010 avant qu’il n’y ait une documentation substantielle pour le plus grand nombre et non uniquement pour les négociateurs eux-mêmes et une poignée de représentants de l’industrie. Et ce grâce à des fuites.

En 2010, le parlement européen a critiqué le manque d’information sur ACTA. Récemment, la Belgique a suspendu toute décision de ratification à la garantie que le traité n’aura pas de conséquence négative sur la loi belge. L’Allemagne de son côté veut qu’ACTA soit d’abord ratifié par le PE. Que pensez-vous de ces initiatives ?

C’est vraiment intéressant. Je suppose qu’en conséquence le Bundestag allemand va sans doute suivre la décision du PE. La Belgique dit “notre pays va d’abord se faire sa propre opinion et ensuite décider”, alors que le Bundestag met simplement la pression politique sur le PE. Je trouve l’approche belge plus judicieuse et admirable.

J’aurais attendu des parlements nationaux qu’ils s’intéressent davantage au sujet avant que leur gouvernement ne signe, mais malheureusement parfois, les parlements sont un peu à la traine.

Presque 2,5 millions de personnes ont signé la pétition en ligne d’Avaaz contre ACTA, est-ce que cela influe ?

La pression politique mise par une telle pétition est vraiment très forte. De l’intérieur du PE, il est manifeste que c’est un sujet de premier plan. Que des États membres aientt suspendu la ratification de l’accord a au moins en partie un lien avec cette mobilisation. Habituellement, on ne voit pas ce genre de réaction de la part d’institutions.

Acta souhaite renforcer la collaboration entre ayants-droit et fournisseurs d’accès à Internet. Cela vous inquiète ?

Cela me préoccupe car ces acteurs du business ne sont pas censés être des institutions juridiques. Faire un accord qui les encourage de façon implicite à endosser la responsabilité de juger là où il y a une infraction, comment on y met fin, est une mauvaise idée. Si nous nous dirigeons vers une mise en application de la loi, alors que ce soit sous une autorité juridique. Vous ne pouvez pas privatiser la mise en application de la loi.

Êtes-vous plus inquiète aujourd’hui pour les libertés numériques ? On a l’impression que la société civile est beaucoup plus consciente de l’offensive législative, comme en témoignent les manifestations contre ACTA, partagez-vous ce point de vue ?

Un des aspects les plus pénibles dans tout débat sur la communication et la liberté d’information, c’est que les discussions n’avancent pas. Les institutions européennes ont montré de façon constante qu’elles étaient incapables de réagir à n’importe quel problème dans ces domaines. Elles choisissent d’attendre ou d’éviter de réguler là où il faudrait le faire et le font davantage dans des secteurs qui sont déjà de toute évidence trop encadrés. Le débat institutionnel ne progresse pas assez.

Ce qui a changé récemment c’est que les gens évoquent avec prudence l’idée que le cadre législatif actuel est peut-être trop contraignant et a besoin de changer. Il y a une prise de conscience sur le fait que le copyright est souvent trop envahissant par rapport à la façon dont les gens agissent et échangent au quotidien. Il y a souvent des objections sur l’état général du débat dans nos sociétés. Certains ont par exemple critiqué le fait qu’Acta soit débattu au Parlement européen.

La vision qu’ont les législateurs du copyright est très éloignée de celle des gens dans le domaine de l’information et de la culture. Et ne comprennent pas la logique de cet accord.

L’empire Hollywood attaque Internet

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Aux États-Unis, les lobbyistes des industries culturelles soutiennent plusieurs projets de loi pour renforcer les moyens de ...

J’ai été surprise par le culot de Sopa et Pipa. Ces propositions de loi sont si stupides, je ne comprends pas d’où ça vient. Elles proposaient de donner aux institutions américaines un pouvoir juridique direct sur les systèmes DNS, pour faire fermer des sites. Il me semble étrange qu’un pays puisse appliquer ses lois sur la propriété intellectuelle partout dans la monde. Il n’est pas bon d’appliquer extra-territorialement une législation qui est critiquée sur son propre sol. Sur Sopa, j’ai l’impression qu’un représentant du Congrès a reçu une feuille de papier, l’a lue en vitesse et l’a soumise au débat.

Est-ce que la fermeture de Megaupload ne montre pas que Sopa existe déjà, dans les faits ?

Actuellement, les États-Unis ont encore besoin du consentement de leurs alliés. Quand ils font pression sur les autres ambassades, c’est toujours une forme de processus politique, alors que Sopa serait passé par-dessus tout. Mais oui, c’est préoccupant quand la législation d’une juridiction permet à cette dernière de causer des torts économiques dans d’autres pays.

Que les institutions européennes n’aient pas protesté me dépasse aussi. La fermeture a eu des conséquences pour les citoyens européens qui utilisaient en fait ce service de façon légale. Nous avons déjà des décisions juridiques en Europe indiquant que ce genre de “cyberlockers” sont aussi utilisés légalement et ne peuvent donc être attaqués dans leur ensemble. Je sais que le parti pirate en Catalogne a été très actif pour aider les gens à instruire des poursuites en class action contre le FBI pour perte de revenus et de données personnelles. L‘electronic frontier foundation fait de même. Cela prendra du temps avant de connaître le résultat de ces poursuites.

Le Parti Pirate a-t-il émergé aux États-Unis ?

En raison du bipartisme Républicains/Démocrates, il est très difficile pour de nouveaux partis d’avoir un impact à l’échelle nationale. Mais le PP a gagné du soutien dans le Massachusetts. Le système électoral français, américain, britannique et espagnol rend quasiment impossible l’élection d’un membre du PP. Le système de vote pour les européennes est différent en Grande-Bretagne, ce qui rend l’élection possible, peut-être.

Comment interprétez-vous la montée du Parti Pirate ?

La progression du PP en République tchèque, en Allemagne, en Suède, en Catalogne, montre que les gens cherchent des alternatives politiques, qu’ils ne trouvent pas dans l’establishment actuel. C’est peut-être aussi parce que le PP questionnent le modus operandi du processus législatif. L’harmonisation se fait souvent hors  des systèmes démocratiques traditionnels. Il y a 50 ans, la plupart des décisions importantes pour chaque État membre était prise dans les parlements nationaux. Aujourd’hui, cela se passe pour beaucoup dans des accords commerciaux, par exemple. C’est une évolution que les acteurs gouvernementaux  n’interrogent pas assez.

Le Parti Pirate parvient-il à peser dans le débat ?

En Suède, le PP a créé un débat sur la liberté d’information qui n’existait pas vraiment auparavant. Mais je crois aussi que son soutien signifie que ces sujets prennent de l’importance pour les électeurs, en particulier la protection des données et le respect de la vie privée. Les institutions rattrapent lentement leur retard là-dessus. Je trouve que les médias internationaux sont souvent davantage intéressés par le PP que les médias suédois.

Certains électeurs estiment illégitime un parti issu d’Internet qui se focalise beaucoup sur le numérique, un peu comme les Verts dans les années 70, est-ce que cela évolue ? Quelle place visez-vous sur l’échiquier politique ?

Nous sommes un parti spécialisé. Cela n’aurait pas de sens d’avoir notre propre majorité dans un Parlement. Mais cela a entièrement du sens pour nous d’en faire partie, et d’être membre d’une coalition de gouvernement.
En ce qui concerne le PP suédois, quand d’autres sujets que les nôtres sont abordés, nous soutenons les partis qui nous soutiennent. Mais les politiques sur la liberté d’information et de communication sont étonnamment envahissantes, elles surgissent dans de nombreux domaines où nos perspectives peuvent se révéler utiles.

En matière d’éducation au numérique, que feriez-vous ?

Je pense que nous avons besoin de davantage de cours sur des sujets comme les outils de chiffrement, des trucs un peu plus important que savoir simplement se servir d’un moteur de recherche.

Liquid Feedback peut-il être un outil utile pour la démocratie ?

Le système fonctionne très bien pour le PP à Berlin, mais je ne l’ai jamais utilisé personnellement. Mon travail au sein du PP m’a rendu, je ne dirais pas techno-sceptique, mais je reconnais davantage maintenant que la technique apporte beaucoup de nouvelles possibilités mais aussi beaucoup de problèmes en terme d’organisation.


Entretien réalisé avec Aidan Mac Guill et Guillaume Ledit
Photo d’Amelia Andersdotter par Samuel Huron/Flickr (CC-by nc nd)
Édité et modifié avec son aimable autorisation par Ophelia Noor (nb) et couverture par Loguy pour Owni
Logo officiel du parti pirate suédois.

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Le retour du peer-to-peer http://owni.fr/2012/02/21/le-retour-du-peer-to-peer/ http://owni.fr/2012/02/21/le-retour-du-peer-to-peer/#comments Tue, 21 Feb 2012 12:37:39 +0000 Fabien Soyez http://owni.fr/?p=98178

En 2009, Arbor Networks, société spécialisée dans la gestion des réseaux, affirmait que le modèle de l’échange de fichiers en peer-to-peer, dans lequel chaque client est un serveur,  était en déclin au profit du streaming.

Le 19 janvier, le FBI a ordonné la fermeture de Megaupload, la plus grosse plateforme de téléchargement direct. Panique sur les réseaux. Cogent et Carpathia Hosting, qui transportaient une partie des flux du site de stockage, ont perdu 30% de leur trafic. Craignant la grande purge, des sites comme VideoBB et Fileserve ont rapidement vidé leurs serveurs. Rapidshare et MediaFire ont de leur côté décidé de faire la police eux-mêmes, et de sévir contre leurs propres clients. Au Washington Pirate Party, succursale du Parti pirate américain, Jeffrey Talada constate :

Ces sites sont comme une hydre : vous en supprimez un, vingt naissent à la place. Si Megaupload est coupable, ils iront hors des États-Unis. Mais il subsistera toujours la même faiblesse : la centralisation.

Pour ce farouche opposant au traité Acta et à la loi antipiratage SOPA, “Megaupload a prouvé qu’un système centralisé était faible. Des millions d’internautes se rendaient chaque jour sur un seul site, il a suffit de le couper pour que tout disparaisse. Cela n’aurait jamais pu arriver avec le peer-to-peer.” Et de prôner un retour aux sources :

Les gens ont-ils jamais quitté le P2P ? Si le gouvernement ferme quelque chose, les gens iront ailleurs, vers quelque chose d’autre, qu’ils connaissent déjà un peu de préférence.

Selon un observatoire de l’usage de la bande passante à travers le monde mis en place par le constructeur de routeurs Ipoque, le niveau de trafic du P2P, s’est brutalement emballé en Europe après le 20 janvier.

Ressuscité, le peer-to-peer.

La semaine suivant la fermeture de Megaupload, les graphiques mis en ligne par Ipoque montraient ainsi des pics atteignant 15% du trafic total de la bande passante européenne. Les courbes se sont désormais stabilisées. Bittorrent et eDonkey constituent les deux protocoles d’échange les plus utilisés. Selon le site Peerates.net, qui publie des statistiques sur l’usage des serveurs eMule, le nombre de recherches effectuées sur eDonkey serait passé de 110 000 au début du mois de janvier à 200 000 après la fermeture de Megaupload.

Retour aux sources

Au parti pirate français, Maxime Rouquet, co-président, constate un “désœuvrement” des utilisateurs du streaming et du téléchargement direct. Pour lui, le salut passe par le P2P. “Avec l’effondrement en bourse de Cogent, on réalise que techniquement la centralisation est une très mauvaise chose.” Benjamin Bayart, président du fournisseur d’accès indépendantFrench Data Network (FDN) précise :

Techniquement, le téléchargement direct, c’est un point hypercentralisé qui diffuse du contenu en masse. Un État a décidé de couper, ça a été extrêmement rapide. Un système ultra-centralisé est très faible. Le P2P lui, est un système de flux individuels. Entre les deux systèmes, c’est comme entre Internet et le minitel : pour ce dernier, si on coupe le système central, on coupe tout. Pour le Net, c’est un peu plus compliqué, on peut difficilement le couper… Le peer-to-peer, tout comme Internet, ne peuvent être mis en panne.

Économiquement, le Peer-to-Peer serait également “la bonne solution” pour des FAI en surcharge : “Quand des millions de personnes téléchargent en masse en téléchargement direct, ça crée un débit énorme, des instabilités très difficiles à gérer. Le streaming, quant à lui, vous fait télécharger plusieurs fois la même chose… Ces deux systèmes sont dramatiques pour la gestion du réseau.” Le président de FDN ajoute :

Le peer-to-peer lui, est un système de flux individuels qui bougent par petits paquets, jamais par gros blocs, il n’engorge pas le réseau, parce que le trafic est réparti. Les FAI et les opérateurs qui le combattaient il y a cinq ans se rendent compte que c’était peut-être une erreur. Tous les techniciens sérieux savent que le P2P est le plus simple et le plus solide des systèmes. Pour qu’un fichier disparaisse, il faudrait qu’il disparaisse de tous les ordinateurs qui le partagent.

Pas de doute pour Benjamin Bayart, “les gens qui regardaient des vidéos sur Megaupload vont se déployer ailleurs et cela va se traduire par un regain d’activité sur le P2P.”

Le 21 janvier, peu après la fermeture de Megaupload, Bittorrent Inc. annonçait avoir atteint 150 millions d’utilisateurs. Le fondateur du parti pirate suédois (Piratepartiet), Rick Falkvinge, prophétise un avenir en peer-to-peer :

Certaines entreprises distribuent déjà des jeux et des mises à jour en utilisant la technologie peer-to-peer, car cela diminue leur consommation de bande passante, et les coûts par la suite. Les gens aiment partager, ils veulent partager, et ils trouveront toujours de nouveaux moyens de le faire. On ne peut pas les stopper.

Certains clients P2P exploitent à fond l’aspect décentralisé du système. Sur TorrentFreak, on redécouvre ainsi Tribler, une solution BitTorrent entièrement décentralisée créée il y a dix ans. Utilisé par quelques milliers de personnes seulement, Tribler serait en passe de devenir un outil clé du peer-to-peer décentralisé. Comme l’explique sur TorrentFreak le docteur Pouwelse, qui dirige le projet : “Avec Tribler, nous avons réussi à ne pas avoir la moindre coupure sur les six dernières années, tout cela parce que nous ne nous appuyons pas sur des fondations branlantes telles que les DNS, les serveurs web ou les portails de recherches”. Les recherches se font d’utilisateur à utilisateur, et selon le docteur Pouwelse, “la seule manière de briser Tribler serait de briser Internet lui-même”.

Parmi les évolutions du peer-to-peer attendues, figure également le P2P caching, “extrêmement bénéfique pour le réseau”, explique Jeffrey Talada, du Washington Pirate Party.

Les FAI conservent les données échangées dans des caches pour accélérer les échanges. Quand un internaute demande une information, plutôt que de la télécharger à l’autre bout du monde, elle est déjà en cache, parce que quelqu’un d’autre l’a déjà téléchargée. Ces caches permettent une grande rapidité et surtout évitent de saturer les réseaux. Mais les mécanismes qui visent les intermédiaires, comme Acta, sont un obstacle au développement de ce genre de système.

Vers un peer-to-peer souterrain

Le retour du peer-to-peer peut-il se faire sans victimes ? Pour Maxime Rouquet, “l’Hadopi ne marche pas, et n’a jamais déconnecté personne. Un relevé d’adresses IP ne sera jamais une preuve suffisante.On est devant une démarche de communication pour faire peur.” La Haute autorité vient pourtant de transmettre des dossiers d’internautes aux procureurs de la République.

Pour les différents partis pirates comme pour Benjamin Bayart, face à la peur du gendarme, ce qui risque d’exploser, ce sont bien les systèmes permettant de chiffrer les connexions, de brouiller les pistes. Rick Falkvinge décrit le peer-to-peer de demain comme un système de plus en plus “souterrain”, vers toujours plus d’anonymat. “Les internautes retourneront vers les protocoles Bittorrent et eDonkey, mais ils utiliseront de nouveaux moyens, pour contrer le pistage”.

Pour éviter aux utilisateurs d’être repérés, le peer-to-peer fonctionne déjà avec plusieurs systèmes d’anonymisation, comme les magnet links.  “Au début, avec Bittorrent, on devait récupérer des fichier torrents, qui contenaient des hashcodes, ou signatures numériques, sur un serveur central, ou tracker, comme The Pirate Bay ou OpenBittorrent. Désormais, on partage les informations entre une multitude de pairs qui se connectent au réseau. Les torrents sont décentralisés, on peut se passer de trackers”, explique Maxime Rouquet, du parti pirate français.

Les magnet links protègent les utilisateurs, car ils ne contiennent que la signature numérique des fichiers partagés, et ne permettent pas de remonter jusqu’à eux. Depuis janvier, The Pirate Bay s’est concentré sur les magnet links pour éviter de devenir le “nouveau Megaupload”.

Maxime Rouquet pense que les internautes risquent d’aller encore plus loin :

Avec des idioties comme Hadopi, on risque de ramener tout le monde au peer-to-peer, mais derrière un VPN, ou réseau privé virtuel, un système permettant de chiffrer sa connexion, utilisé à la base par les activistes dans des pays où règne la censure. En chiffrant sa connexion, on est sûr d’être immunisé contre l’Hadopi et de pouvoir utiliser n’importe quel logiciel de téléchargement sans risques. Avec les VPN, on peut aussi se connecter à des sites verrouillés, comme Hulu, bridé hors des USA pour des questions de droits d’auteurs.

Rick Falkvinge préfère quant à lui parler de Tor , un projet imaginé puis mis en place par des hackers militants il y a déjà dix ans. Le principe est simple : l’internaute installe un logiciel sur son ordinateur, l’active, puis peut surfer anonymement. “A la base, Tor permet de contourner les systèmes nationaux de blocage, donc la censure : les informations transitent dans un réseau de serveurs relais qui empêchent les autorités de remonter jusqu’à vous”, indique Rick Falkvinge. C’est le principe du “routage en oignon.”

Le meilleur du peer

Pour certains, comme Maxime Rouquet ou la Quadrature du Net, la lutte contre le piratage pousse les internautes à sécuriser de plus en plus leur connexion, ce qui peut avoir des effets désastreux sur le réseau.

“Et bien sûr, rien ne sera reversé aux artistes”, complète Benjamin Bayart. Pour lui, “avec le peer-to-peer, tout le monde y gagne. Personne ne gagne ni ne perd d’argent. En général, on cherche quelque chose qu’on n’a simplement pas trouvé ailleurs, ou qui n’est pas abordable. Les gens qui ont de l’argent et qui ne dépensent pas sont une minorité.” Le président de French Data Network conclut :

Si on essaie de bloquer le peer-to-peer, que feront les gens ? Le dernier épisode de Dexter qu’ils cherchaient deviendrait introuvable. Résultat, les gens cesseront de regarder la série. L’œuvre perdra du même coup de sa valeur. C’est exactement comme si on ne diffusait plus une chanson à la radio : c’est une audience de perdue. Le seul moyen de s’assurer que les gens ne téléchargent plus, ça serait peut être de supprimer leur envie pour les œuvres…

Reste une innovation à suivre de près. Celle de Bram Cohen, l’inventeur de Bittorrent. Depuis trois ans, l’informaticien travaille sur un nouveau protocole, sorte de streaming en peer-to-peer, permettant de diffuser en direct du contenu, mais de façon décentralisée : Bittorrent Live. Contacté par OWNI, il explique :

Le streaming est aujourd’hui cher, et il fait face à de nombreux défis techniques. Je savais que l’architecture décentralisée du P2P pourrait résoudre beaucoup de ces défis. Le but de Bittorrent Live, c’est d’avoir une très faible latence, et 99% de offload, c’est à dire 99% de données provenant des pairs. Ce qui signifie qu’aucune infrastructure serveur ou fournisseur d’hébergement ne sera nécessaire. Tous les vendredi soirs, à 20h, les gens peuvent avoir accès à la version beta.

Les internautes peuvent ainsi regarder un concert en streaming sur Bittorrent Live. Pas de détails quant à la possibilité de fusionner le nouveau protocole et celui plus classique de téléchargement, mais d’après Bram Cohen, Bittorrent Live permet, tout comme le protocole open source μTP (pour Micro Transmission Protocol) de son invention, de “réduire les pertes de paquets” et “de limiter les congestions réseau, un avantage pour les FAI.”

Histoire de faire aussi la promotion d’un futur aux couleurs du peer-to-peer :

Les technologies peer-to-peer intéressent de plus en plus d’entreprises et de services. C’est un moyen très efficace de faire circuler des données. Par exemple, Facebook, Twitter et Etsy utilisent le protocole BitTorrent pour l’efficacité du réseau interne. L’éditeur de jeux vidéo Blizzard utilise BitTorrent pour distribuer des mises à jour à des millions de joueurs à travers le monde.

Avec Bittorrent Live, Bram Cohen compte allier ce qui a fait le succès du streaming – regarder une vidéo instantanément – et l’aspect décentralisé et convivial du bon vieux P2P. “Beaucoup de vidéos ne sont toujours pas trouvables sur Internet”, expliquait Bram Cohen le 13 février au Sommet MusicTech de San Francisco. Matchs de foot, concerts, séries, films, la liste des possibilités est sans fin.

Au MusicTech, l’inventeur de Bittorrent lâchait, plaisantant à moitié : “mon but, c’est tuer la télévision.” Bittorrent Live n’en est encore qu’à ses balbutiements, mais Bram Cohen pourrait aussi faire d’une pierre deux coups, enterrant définitivement Megaupload et ses amis.


Photos et illustrations par Jacob Köhler (CC-byncnd) ; AndiH (CC-byncnd) et SFBrit (CCbyncnd)

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Le Parti Pirate fait chavirer Berlin http://owni.fr/2011/11/08/le-parti-pirate-allemand-veut-chavirer-la-politique/ http://owni.fr/2011/11/08/le-parti-pirate-allemand-veut-chavirer-la-politique/#comments Tue, 08 Nov 2011 12:29:36 +0000 Sabine Blanc et Ophelia Noor http://owni.fr/?p=86010

QG du Parti Pirate à Berlin, novembre 2011

Jouer les « trolls » le plus sérieusement du monde. Un mois et demi après avoir remporté quinze sièges au Parlement de Berlin, le Parti Pirate opte à court terme pour ce rôle, comme nous l’a expliqué Pavel Mayer [de], un des élus :

Comme parti d’opposition, vous pointez les failles, vous trollez le gouvernement, c’est votre boulot.

Le tout jeune parti, cinq ans d’existence en Allemagne, ne rejoindra donc pas une coalition. Une prise de position pragmatique, nous a argumenté Alex Morlang [de], un autre élu :

En Allemagne, des partis surgis de nulle part ont explosé, ils ont rejoint une coalition et ils ont perdu. Il est difficile et long d’apprendre comment le système marche, ce n’est pas une option, si nous rejoignons la coalition, nous serons réduits en pièce ou déchiquetés. Nous avons tant à faire, le premier trimestre sera consacré au budget, c’est un travail de spécialiste. La première étape sera d’apprendre à survivre ici, même en tant que parti d’opposition. Nous cherchons d’abord à travailler ensemble, au sein du groupe, ce que nous n’avons jamais fait.  Il faut que nous restions soudés, si l’un d’entre nous part, il n’y a plus de groupe.

Ouvrir la porte par principe

S’il a bien été question de laisser la porte ouverte à des négociations, début octobre, c’est par principe et sans illusions. Pavel clarifie ce point :

Nous voulions montrer au public que nous ne sommes pas des gens qui fuyons leurs responsabilités et seulement en s’opposant aux idées des autres. Vous ne pouvez pas concrétiser vos idées, ce qui est notre but. Les autres partis n’ont pas voulu nous parler, il n’y a donc pas encore eu de négociations.

Alex Morlang à la section locale de Prenzlauerberg, Berlin, novembre 2011

« Le SPD a le choix entre une coalition avec les Verts, qui a échoué pour des raisons assez complexes, et avec la CDU, précise Frédéric Happe, correspond à Berlin de l’AFP. Les Pirates ne pourraient entrer en jeu que dans deux “constellations” tout aussi irréalistes l’une que l’autre. D’une part Rot-Rot-Orange, avec le SPD et die Linke, car le PP a indiqué qu’ils auraient du mal à collaborer avec Die Linke, notamment en raison des liens ou une part de nostalgie de certains de ses membres envers la RDA et la Stasi, l’ancienne police politique de l’Allemagne de l’Est ; ou Schwarz-Grün-Orange (la CDU et les Verts). On imagine mal les Verts accepter de coopérer avec les Pirates qui ont gagné le gros de leurs presque 9% en rognant sur l’électorat contestataire écologiste. »

Toutefois, dans la jungle parlementaire, certains seront plus amicaux que d’autres : « Nous essayerons aussi de former des alliances, nous avons des choses en commun avec les Verts et die Linke », poursuit Alex Morlang. Des Verts pas si rancuniers que ça, à l’en croire : « il y a trente ans, les partis détestaient les Verts, ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour les bloquer. Les Verts ont donc pris une décision pour nous soutenir car ils ne veulent pas que cela se reproduise pour d’autres. »

De même, cela n’exclut pas des alliances au niveau des arrondissements : « Le PP a fait quatre propositions et ils ont parlé aux Verts, qui étaient ennuyés de voir ces jeunes débouler et vouloir changer les règles. Ils en ont parlé aussi avec le SPD et Die Linke, ils en ont même parlé à la petite fraction conservatrice de quatre personnes. À la fin tous ont voté pour nos propositions », détaille Alex.

Affiches de la dernière campagne berlinoise

Si coalition il doit y avoir à Berlin, ce sera plus tard, d’ici deux ans avance Pavel, après avoir ouvert le capot de la machine. En bon hacker -il est proche du Chaos Computer Club, célèbre club de hackers, ces adeptes de la bidouille technologique-, Pavel file la métaphore informatique :

La machine politique du Parlement a des boutons, des leviers, que vous pouvez contrôler, vous devez comprendre ce qui se passe si vous les actionnez. On modifie la machine quand on sait exactement comment elle fonctionne.

Pavel s’est déjà attelé à cette tâche, dès la session inaugurale, fin octobre. Il a annoncé que le règlement intérieur devait évoluer afin que le parlementaire en tant qu’individu ait plus de pouvoir, car actuellement, il favorise le groupe. « Cela fausse le principe de démocratie, avance-t-il. Un élu, qui représente 20.000 citoyens, est amené à faire le choix du groupe, au lieu du sien. » Une tentative d’« update », de « patch incrémental de l’OS » accueillie par de l’incompréhension : « la plupart des autres élus n’ont pas compris. Ils sont là depuis 10, 20 ans, ils ne questionnent plus le système. » Il va porter l’affaire devant la Cour constitutionnelle.

« Démocratie liquide »

Aujourd’hui tout frais, tout neuf, le propos exalté où perce parfois une sincère émotion, nos pirates courent le danger le risque de l’institutionnalisation, comme les Verts, broyés par le jeu des coalitions, divisés en deux fractions et embourgeoisés après trente ans dans le jeu politique. Alex se marre :

«Bien sûr que cela nous fait peur ! Comme certains anciens des Verts ont rejoint le PP, nous avons la possibilité de regarder leur histoire, nous sommes assez différents. Les Verts des débuts, comme les Nazis, voulaient protéger les arbres allemands, et de l’autre côté, il y avait des féministes et des pacifistes, qui discutaient de savoir s’il fallait imprimer, beaucoup de débats chronophages. Maintenant nous avons Internet, beaucoup de choses sont devenues possibles. Nous avons des pad, des wiki, nous pouvons travailler indépendamment du temps et de l’espace, l’esprit le plus brillant peut collaborer, cela change les choses de façon fondamentale. La prochaine étape, c’est la démocratie liquide. »

La démocratie liquide consiste somme toute à revenir aux fondamentaux de la démocratie, en permettant aux gens de participer directement au processus politique : proposer des initiatives, les soutenir, les amender. L’accent est mis sur l’horizontalité, la transparence et l’obligation d’être constructif : vains trolls, passez votre chemin. Sa mise en œuvre passe par un outil tout neuf développé par le PP allemand depuis 2009, LiquidFeedback [en]. Il est déjà aussi utilisé en Autriche, en Suisse et au Brésil. On attend encore la traduction française.

Pavel Mayer, élu du Parti Pirate à Berlin, novembre 2011

L’outil est là, opérationnel, mais les citoyens s’en empareront-ils ? « Au niveau fédéral, ⅓ du PP participe, argumente Alex. L’idée attire les gens, certains nous ont rejoint pour ça. En Bavière, le système n’est pas implémenté, les gens qui sont venus l’utiliser demandent “où est-il, où est-il ?” » Le propos se fait plus enflammé :

Ce n’est pas l’idée classique de révolution, “emparons-nous de l’usine”, nous n’avons pas pris l’encyclopédie, nous avons construit la nôtre à la place de ça, et ils ont construit des réseaux pour la consommation, on s’en fout, à la place, nous avons construit l’Internet. Ils ont voulu nous vendre des logiciels, on s’en fout, nous avons fait des logiciels libres, ils nous disent comment diriger un gouvernement, on s’en fout.

On s’en fout, sauf que la loi ne permet pas de considérer des serveurs informatiques comme un membre du PP et que la prise de décision passe toujours pas le bureau ou le convent.

Des sauveurs, pas des ennemis

Un tantinet optimiste, – voire prétentieux ? -, Pavel estime que cette envie de changement est au fond partagée par les politiques :

Les autres parties placent beaucoup d’espoir en nous. Ils pensent que nous avons un secret qu’ils doivent apprendre, ils ne nous attaquent pas vraiment encore, ils sont curieux, ils ne nous regardent pas comme les ennemis mais comme les sauveurs. Ils commencent à comprendre que la société change, vers la société de l’information. Ils ne la comprennent pas mais veulent l’embrasser, c’est le futur, ils ne peuvent l’éviter.

Pourtant, quand de jeunes Verts ont proposé d’implémenter LiquidFeedback, les anciens ont refusé. Démocratie pâteuse.

Texte : Sabine Blanc

Photos : Ophelia Noor [cc-by-nc-nd]

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