OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les fab labs en route vers le Grand Soir http://owni.fr/2012/12/04/les-fab-labs-en-route-vers-le-grand-soir/ http://owni.fr/2012/12/04/les-fab-labs-en-route-vers-le-grand-soir/#comments Tue, 04 Dec 2012 15:39:17 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=126922

Conférence de Sabine Blanc sur les Fab Labs au siège du PCF à Paris, le 2 décembre 2012. - cc Ophelia Noor/Loguy (logo via le site officiel des fablab du MIT)

Si le PC vous auditionne aujourd’hui sur les fab labs, c’est d’abord parce que Yann Le Pollotec n’a pas arrêté de nous faire chier. (rires)

Plus sérieusement, le parti s’interroge sur les rapports entre écologie et production. Pierre Laurent, notre secrétaire national, a prononcé un discours important à ce sujet à Lille récemment. On est communiste, donc on est pour le partage. On est communiste, donc on est pour la révolution, et nous avons saisi le caractère révolutionnaire de ces outils présents dans les fab labs.

Hier, j’ai passé trois bonnes heures devant une poignée de membres du Parti communiste français, dont quelques cadres, pour leur expliquer en quoi consistait les fab labs, ces espaces collaboratifs de prototypage rapide nés au MIT qui font fantasmer aussi bien à droite qu’à gauche en raison de leurs supposées vertus à répondre aux défis posés par les crises actuelles. Cette audition était organisée par le LEM, ce Lieu d’Étude sur le Mouvement des idées et des connaissances, think tank (sic) du PC, au siège parisien place Colonel-Fabien, hiératique et surréaliste bulle temporelle tout droit sorti d’un James Bond période Sean Connery.

“Enfin !”, avais-je soupiré quand Yann Le Pollotec m’avait contactée à ce sujet voilà deux mois, suite à un article que j’avais écrit dans Le Monde diplomatique. Que le PCF s’empare avec passion de ces lieux où les citoyens se réapproprient les outils de production et donc les savoir-faire, fab labs mais aussi hackerspaces et makerspaces, me semblait une évidence. Et une opportunité pour donner un coup de fouet à un appareil qui ne brille pas par son image avant-gardiste. Le papier du Monde diplo commençait d’ailleurs par un appel du pied en forme de clin d’œil :

Se réapproprier les moyens de production : Karl Marx en rêvait, un chercheur du Massachusetts Institute of Technology (MIT) l’a fait.

Troisième révolution industrielle

Fête le vous-même !

Fête le vous-même !

Sur le modèle des Maker Faire, ces grands rassemblements dédiés au do it yourself, version moderne du bricolage de nos ...

Avec Yann, le courant est passé très vite. Je précise parce que, comme pas mal de gens, la seule chose qui m’étonne au PC, c’est sa survivance persistante. Alors qu’une élection interne foireuse vient de mettre en l’air la formation qui dirigeait naguère le pays. Ma dernière expérience avait été malheureuse : Owni souhaitait organiser à la Fête de l’Humanité le premier Open Bidouille Camp, un grand rassemblement populaire dédié au bricolage, et en particulier ses avatars modernes boostés au numérique. Nous avions essuyé un refus non motivé.

Informaticien de profession, collaborateur de Jacky Hénin à la commission du Parlement européen sur l’industrie, et permanent du PC, Yann est un peu désolé de la mésaventure, lui qui dépense une partie de son énergie sur ces thématiques. Pour préparer l’audition, il me fait un petit historique. Le message essentiel : pédagogie.

J’ai fait une première intervention là-dessus il y a un an en comité central, la réaction a été : c’est quoi ce truc ?

En guise de métaphore sur le ton à adopter, il m’évoque l’exemple de Galilée plaidant en italien plutôt qu’en latin pour toucher un maximum de gens. Faire le même travail d’explication qu’au moment de l’arrivée de l’Internet grand public.

Conférence sur les fab labs au PCF, un réseau wifi nommé Niemayer et Hello Kitty au PCF. (cc) Ophelia Noor

Lui-même débroussaille le terrain pour ses camarades, comme en témoigne l’épais dossier qu’il me tend. Il a entre autres glissé un paragraphe dans le texte qui servira de base à la discussion au prochain congrès du PC en février et qui est envoyé à tous les adhérents, soit environ 130 000 personnes :

Sous la crise du capitalisme émergent déjà les prémisses d’une troisième révolution industrielle avec l’impression 3D, les machines auto-réplicatives libres, l’open source hardware, les mouvements hackers et maker. Ainsi se créent et se développent des lieux de conception et de proximité en réseau, ouverts et gratuits, où l’on partage savoir et savoir-faire, où l’on crée plutôt qu’on ne consomme, où l’on expérimente et apprend collectivement, où le producteur n’est plus dépossédé de sa création, tels les fab labs qui sont les moteurs de ce mouvement.

Toutes ces avancées portent en elles des possibilités de mise en commun, de partage et de coopération inédite.

En bullshit langage théorique, il est temps au PC de “dépasser la vieille opposition entre les économistes portés sur la révolution informationnelle et ceux qui soutiennent la révolution scientifique et technique, s’enthousiasme Yann, c’est le cœur de la troisième révolution industrielle”.

Les Fab Labs, ou le néo-artisanat

Les Fab Labs, ou le néo-artisanat

Fabriquer soi-même ce dont on a besoin, réparer, au lieu de consommer des objets que l'on jette au moindre ...

Au MIT, ça se traduit par le “Center for bits and atoms“, structure créée en 2001 par Neil Gershenfeld pour accompagner le développement des fab labs, “une initiative interdisciplinaire explorant l’interface entre les sciences de l’informatique et les sciences physiques”.

Tâche d’autant plus ardue que le concept de troisième révolution industrielle ne fait pas consensus, y compris au sein du PC : “C’est très centré sur l’énergie, détaille Yann. Il y a aussi la question du capital en suspend. On ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraîche, il faut une réponse au salariat.”

Gros blanc

Malgré toutes ces bonnes précautions, il y a eu hier comme qui dirait un choc des cultures, des logiques, des démarches. Parler à des militants dans une logique de parti, je sais pô faire, contrairement à la Fing par exemple. Faire la politique se limite dans mon esprit à écrire des articles sur des sujets qui me semblent porter en germe les fondements de la société de demain, en assumant un coté militant. Passer un peu à la pratique aussi, en organisant des Open Bidouille Camp.

Pour le reste, j’ai une fâcheuse tendance à botter en touche en permanence, de préférence en mode pirouettes faciles. Bref du trolling. Chacun son tour : j’avais moi-même essayé de convaincre Okhin, de Telecomix, qu’il avait une conscience politique, il m’avait répondu dans un éclat de rire : “on est une inconscience politique !”

Conférence sur les Fab Labs au siège du PCF à Paris, le 2 décembre 2012. Avec Sabine Blanc et Yves Dimicoli - cc Ophelia Noor

Après une présentation, le temps d’échange a donc parfois donné lieu à des dialogues de sourds, à l’image de la première longue question posée par Yves Dimicoli, économiste, membre de la commission économie-social-finance du PCF et impeccable moustache à la Frères Jacques. Il parle de “valeur d’usage”, de “maîtrise du processus”, pour finir par :

Comment fait-on pour court-circuiter le marché ?

Le CAC40 entre dans les “fab labs”

Le CAC40 entre dans les “fab labs”

Des grands groupes industriels s'intéressent aux "fab labs", ces mini-usines collaboratives, citoyennes, ouvertes à tous et ...

Et là, gros blanc, vieux souvenirs d’oraux foireux où j’ai mouliné dans ma tête les termes de mon interlocuteur pour constater avec désarroi que mes réponses en forme de Y ne rentrent pas dans sa question en forme de X. Et c’est d’autant moins le cas que :

1/ Je n’ai rien contre le marché et le capitalisme en général.

2/ Comme l’indique clairement leur charte, il n’est pas question avec les fab labs de s’en passer. Certes, Neil Gershenfeld veut “créer plutôt que consommer”, mais ça n’en fait pas pour autant un fils spirituel de Karl Marx.

3/ Il faudrait des heures pour élaborer une réponse complète.

Aussi judicieuses soient-elles, il y a beaucoup d’interventions dont je ne sais si ce sont des observations, des questions, des observations qui amènent réponses. Par exemple Claude Ginin, la soixantaine, petite veste de tweed :

Cela pose la question de la formation, il faut bien apprendre comment marchent les machines pour savoir ce qu’on peut en tirer. [...] Vous avez dit que les fab labs actuellement ne sont pas complètement coupés du marché. Mais du coup, qu’est-ce qui domine ?

Et de relever au passage que le marché n’a pas toujours existé. Il y a aussi cette remarque de Santiago Serrano, adjoint délégué au développement économique et commercial, à l’emploi et aux nouvelles technologies au Blanc-Mesnil, que ne démentiront pas les levées de fonds de Co-voiturage.fr ou MakerBot par exemple :

Il y a le danger du développement d’un marché de la valeur d’usage.

Sabine Blanc sous le feu des questions d'Yves Dimicoli, économiste et membre de la commission économie-social-finance du PCF (cc) Ophelia Noor

Yves Dimicoli relance :

Nous sommes à la recherche d’une nouvelle systémique. Comment on aide à développer ce potentiel ?

Je leur répète que c’est à eux de s’emparer de ces lieux pour leur faire suivre la pente qui leur parait la plus juste. Un peu lassée :

Il y a une valeur importante chez les hackers, ça s’appelle la do-ocracy, le pouvoir à ceux qui font. Organisez des visites, expérimentez, soutenez ceux qui, comme Yann, portent des projets

Parmi les soutiens de Yann, il y a Elvire. Elle souhaite mobiliser les jeunes autour du futur fab lab via la robotique. Le motto de la troisième révolution industrielle l’accroche. Avant l’audition, elle m’a expliqué avant avec franchise :

Ne pas être en retard pour une fois.

Conférence sur les fab labs au siège du PCF à Paris le 2 décembre 2012 (cc) Ophelia Noor

Devant ses camarades, elle précise sa démarche :

Je vois les fab labs comme une plate-forme de réflexion pour réinterroger une population en lui mettant une expérience à disposition : comment se l’approprient-ils ? Créent-ils du lien social ? La détournent-ils ? C’est une mise en abyme. Comment une population peut percevoir une mairie dirigée par un maire communiste ? Ils ne font plus la différence depuis le temps.

Mais au fait que font l’UMP, le PS, les Verts ?

Et si je trolle parfois, si nous ne parlons pas la même langue toujours, c’est avec plaisir que la conversation se poursuivra autour d’une bière. Le sujet les a passionnés visiblement, les enjeux ont été compris, bref le message est passé. Je ne sais pas si l’UMP, le PS ou les écolos ont organisé de semblables débats. Et Michel Laurent, qui s’occupe du LEM, pointe avec justesse les limites de ma démarche du “juste fais-le” et des petits pas : à un moment donné, il faut passer à la vitesse supérieure.

Vous me faites penser à la chanson de Coluche : “je ne promets pas le grand soir, juste à manger et à boire.” C’est bien mais aujourd’hui, ils servent 8 fois plus de repas. Nous, on veut le grand soir.

Et force est de reconnaitre que sur ce terrain, ça se passe plutôt en Chine ou en Russie qu’en France, avec des fonds conséquents investis par l’État. En attendant que mille fab labs fleurissent dans les villes PC, je leur suggère d’en faire un mobile à la prochaine Fête de l’Huma. Au sein d’un Open Bidouille Camp ? Yann se marre :

Il y aura une recommandation du conseil national, même si ça suffit pas forcément !


Photos par Ophelia Noor /-) Toutes les photos sont visibles ici.

]]>
http://owni.fr/2012/12/04/les-fab-labs-en-route-vers-le-grand-soir/feed/ 65
Les trolls, ou le mythe de l’espace public http://owni.fr/2012/06/26/les-trolls-ou-le-mythe-de-espace-public/ http://owni.fr/2012/06/26/les-trolls-ou-le-mythe-de-espace-public/#comments Tue, 26 Jun 2012 14:57:53 +0000 Antonio A. Casilli http://owni.fr/?p=114539

Au Royaume-Uni, la Chambre des communes a récemment mis au vote un amendement du “British Defamation Bill” spécifiquement destiné à s’attaquer aux trolls sur Internet. L’amendement prévoit de contraindre les fournisseurs d’accès ou les propriétaires de sites web à révéler l’adresse IP et les informations personnelles des utilisateurs identifiés comme auteurs de “messages grossiers”. Rien que de très habituel : à chaque fois qu’une information liée aux technologies de l’information et de la communication attire l’attention du public, les législateurs britanniques sortent une loi ad hoc de leur chapeau. De préférence, une loi qui méprise bêtement la vie privée et la liberté d’expression.

Pourquoi les médias ont peur des trolls ?

Dans un effort remarquable de bercer le public d’une compréhension faussée des cultures numériques, le Guardian a consacré une session spéciale à cet étrange phénomène dans son édition du 12 juin. La pièce de résistance, intitulée “What is an Internet troll ?”, est signée Zoe Williams.

Un article concocté à partir de l’habituelle recette des médias dès qu’il s’agit d’aborder le sujet : une pincée de professeur de psychologie livrant ses déclarations profondes sur “l’effet désinhibant” des médias électroniques, un zeste de journaliste pleurnichant sur la baisse du niveau d’éducation et sur les propos incitant à la haine omniprésents, et un gros morceau d’anecdotes tristes concernant de quelconques célébrités au sort desquelles nous sommes censés compatir.

La conclusion de cet essai qui donne le ton (“Nous ne devrions pas les appeler ‘trolls’. Nous devrions les appeler personnes grossières.”) serait sans doute mieux rendue si elle était prononcée avec la voix aiguë de certains personnages des Monty Pythons. Comme dans cet extrait de La vie de Brian :

Cliquer ici pour voir la vidéo.



Les autres articles oscillent entre platitudes (“Souvenez-vous : il est interdit de troller” – Tim Dowling “Dealing with trolls: a guide”), affirmations techno déterministes sur la vie privée (“L’ère de l’anonymat en ligne est sans doute bientôt terminée” – Owen Bowcott “Bill targeting internet ‘trolls’ gets wary welcome from websites”), et pure pédanterie (“Le terme a été détourné au point de devenir un de ces insipides synonyme” – James Ball “You’re calling that a troll? Are you winding me up?”). On trouve même un hommage pictural au tropisme familier de l’utilisateur-d’Internet-moche-et-frustré, dans une galerie d’ “importuns en ligne” croqués par Lucy Pepper.

Évidemment, les médias grand public n’ont pas d’autre choix que d’appuyer l’agenda politique liberticide du gouvernement britannique. Ils doivent se défendre de l’accusation selon laquelle ils fournissent un défouloir parfait aux trolls dans les sections consacrées à la discussion de leurs éditions électroniques. Ils ont donc tracé une ligne imaginaire séparant la prose exquise des professionnels de l’information des spéculations sauvages et des abus de langages formulés par de détestables brutes.

La journaliste du Guardian Zoe Williams est tout à fait catégorique : elle est autorisée à troller, parce qu’elle est journaliste et qu’elle sait comment peaufiner sa rhétorique.

Bien sûr, il est possible de troller à un niveau beaucoup moins violent, en parcourant simplement les communautés dans lesquelles les gens sont susceptibles de penser d’une certaine manière. L’idée est d’y publier pour chercher à les énerver. Si vous voulez essayer ce type de trolling pour en découvrir les charmes, je vous suggère d’aller dans la section “Comment is Free” du site du Guardian et d’y publier quelque chose comme : “Les gens ne devraient pas avoir d’enfants s’ils ne peuvent pas se le permettre financièrement”. Ou : “Les hommes aiment les femmes maigres. C’est pour ça que personne ne pourra me trouver un banquier avec une grosse. QUI POURRA ?” Ou : “Les hommes aiment le sexe. Les femmes les câlins. ASSUMEZ-LE”. Bizarrement, je me sens un peu blessée par ces remarques, bien que ce soit moi qui les aies faites.

Les facteurs sociaux du trolling ne devraient pas être sous-estimés

En tant que citoyen responsable et universitaire qui étudie les interactions conflictuelles en ligne depuis quelques années (cf ici, ici, et ici), je considère ces procédés narratifs des médias comme hautement malhonnêtes et mal informés.

Dès que les trolls sont représentés dans les médias, leurs actions sont habituellement explicitées en termes de “perversion”, “narcissisme”, “désinhibition”. De telles notions, appartenant au domaine de la psychologie clinique, dissimulent les facteurs sociaux sous-jacents du trolling. Ce type de comportement en ligne n’est pas un phénomène individuel. Au contraire, c’est un processus social : on est toujours le troll de quelqu’un.

De plus, le trolling a une dimension collective. Les gens trollent pour provoquer des modifications dans le positionnement structurel des individus au sein des réseaux. Certains le font pour acquérir une position centrale, en attirant l’attention et en gagnant quelques “followers”. D’autres pour renvoyer leurs adversaires aux marges d’une communauté en ligne. Parfois, le trolling est utilisé pour contester l’autorité des autres et remodeler les hiérarchies établies dans les forums de discussions ou les médias en ligne. De ce point de vue, malgré leur attitude perturbatrice, les trolls peuvent aider les communautés en ligne à évoluer – et les cultures numériques à développer de nouveaux contenus et de nouveaux points de vue.

Espace public fantasmatique

Le trolling est un phénomène complexe, qui découle du fait que les structures sociales en ligne sont fondées sur des liens faibles. Les loyautés, les valeurs communes ou la proximité émotionnelle ne sont pas toujours essentielles. Surtout lorsqu’il s’agit de rendre possible en ligne de nouvelles sociabilités en mettant en contact les utilisateurs avec de parfaits inconnus. C’est l’effet principal du web social, et c’est aussi ce qui rend le trolling possible : les “parfaits inconnus” sont souvent loin d’être parfaits. Par conséquent, le trolling ne doit pas être considéré comme une aberration de la sociabilité sur Internet, mais comme l’une de ses facettes. Et les politiques ne peuvent le congédier ou le réprimer sans brider l’une des sources principales de changement et d’innovation de la sociabilité en ligne : le fait d’être confronté à des contenus, postures ou réactions inhabituels. Les ripostes sévères suscitées par les trolls à l’échelon politique doivent êtres analysées comme des ouvertures vers des problèmes et des paradoxes sociaux plus larges.

Essentiellement, l’amendement proposé à cette loi sur la diffamation est une démonstration de force d’un gouvernement qui doit prouver qu’il peut encore contrôler l’expression en ligne. Histoire de tenir la promesse de l’accès au débat démocratique pour un maximum de citoyens, dans une situation d’incertitude maximale. En ce sens, le trolling menace de court-circuiter et de remodeler, de façon dialectique et conflictuelle, les espaces de discussion civilisés (ndlr : polis) que les démocraties modernes considèrent toujours comme leur espace politique idéal. L’existence même de trolls anonymes, intolérants et aux propos décalés témoigne du fait que l’espace public (défini par le philosophe allemand Jürgen Habermas comme un espace gouverné par la force intégratrice du langage contextualisé de la tolérance et de l’apparence crédible.) est un concept largement fantasmatique.

“L’objet de cet espace public est évident : il est censé être le lieu de ces standards et de ces mesures qui n’appartiennent à personne mais s’appliquent à tout le monde. Il est censé être le lieu de l’universel. Le problème est qu’il n’y a pas d’universel – l’universel, la vérité absolue, existe, et je sais ce que c’est. Le problème, c’est que vous le savez aussi, et que nous connaissons des choses différents, ce qui nous place quelques phrases en arrière, armés de nos jugements universels irréconciliables, apprêtés mais sans nulle part où obtenir un jugement d’autorité. Que faire ? Eh bien, vous faites la seule chose que vous pouvez faire, la seule chose honnête : vous affirmez que votre universel est le seul véritable, même si vos adversaires ne l’acceptent clairement pas. Et vous n’attribuez pas leur esprit récalcitrant à la folie, ou à la pure criminalité – les catégories publiques de condamnation – mais au fait, bien que regrettable, qu’ils soient sous l’emprise d’une série d’opinions erronées. Et il vous faut abandonner, parce que la prochaine étape, celle qui tend à prouver l’inexactitude de leurs opinions au monde, même à ceux qui sont sous leur emprise, n’est pas une étape possible pour nous, humains finis et situés.

Il nous faut vivre en sachant deux choses : que nous sommes absolument dans le juste, et qu’il n’y a pas de mesure globalement acceptée par laquelle notre justesse peut être validée de façon indépendante. C’est comme ça, et on devrait simplement l’accepter, et agir en cohérence avec nos opinions profondes (que pourrait-on faire d’autre?) sans espérer qu’un quelconque Dieu descendra vers nous, comme le canard dans cette vieille émission de Groucho Marx, et nous dire que nous avons prononcé le mot juste.”

Stanley Fish, Postmodern warfare: the ignorance of our warrior intellectuals, Harper’s Magazine, Juillet 2002


Article initialement publié en anglais sur le blog d’Antonio Casilli, BodySpaceSociety
Traduction : Guillaume Ledit
Illustration trollarchy par Antonio Casilli, illustrations de Lucy Pepper © sur The Guardian “The drawing of Internet trolls”

]]>
http://owni.fr/2012/06/26/les-trolls-ou-le-mythe-de-espace-public/feed/ 0
Lars Von Trier, palme d’or de la Troll Culture http://owni.fr/2011/05/20/lars-von-trier-palme-dor-de-la-troll-culture/ http://owni.fr/2011/05/20/lars-von-trier-palme-dor-de-la-troll-culture/#comments Fri, 20 May 2011 11:36:44 +0000 Julien Cadot http://owni.fr/?p=63666 Qui n’a pas entendu parler du scandale provoqué par Lars Von Trier lors du festival de Cannes ? Moi, par exemple. Et je n’en ai pas entendu parler pour une seule et bonne raison ; notons l’erreur du réalisateur avant d’entrer dans le vif du sujet : DSK et ses orgies ont occupé les news ces derniers temps. Et comme je ne regarde pas la télé, impossible de savoir ce que les médias abrutis et abrutissants avaient relayé.

Qu’a-t-il fait ? Rien pour Internet, un scandale pour le monde réel

Lars Von Trier, qu’a-t-il fait ? Rien pour Internet, un scandale pour le monde réel. Quelques citations :

Je comprends Hitler. Je pense qu’il a fait de mauvaises choses, oui absolument, mais je peux l’imaginer assis dans son bunker à la fin.
J’ai longtemps pensé que j’étais juif et j’étais content d’être juif. Puis j’ai découvert que j’étais un nazi parce que ma famille est allemande. Et ça me fait aussi plaisir dans un sens.
Je dis seulement que je comprends l’homme. Il n’est pas ce qu’on peut appeler un brave type, mais j’ai de l’empathie pour lui. Mais bien sûr je ne suis pas pour la Deuxième Guerre mondiale, je ne suis pas contre les juifs.
Je suis avec les juifs bien sûr, mais pas trop, parce qu’Israël fait vraiment chier.

« OMG » se dit le monde, les mots sonnent, les esprits s’échauffent, on jase, on l’expulse de ce festival pourri jusqu’à la moelle et qui n’a plus d’intérêt que de placer des stars au milieu de la foule des ahuris venant contempler les nouvelles idoles formatées et artificielles de notre XXIe décadent. Moi, j’éclate de rire. J’éclate de rire, parce que Lars Von Trier n’est pas un nazi. Lars Von Trier n’est pas un abruti. Lars Von Trier a juste, comme on dit par ici, « lâché un gros troll ».

Et même, le plus gros de tous les trolls, le maître du trolling, du grand art. Pour les non-initiés, un troll est une manière de planter une phrase typiquement polémique et regarder avec du pop-corn les gens s’entre-déchirer. La pratique est née avec Internet et le troll est vraiment devenu un art, puisque dans notre monde virtuel, un troll est très souvent reconnu à moins qu’il ne soit d’une finesse incroyable, au quel cas la provocation prend.

J’ai beaucoup joué au « troll IRL » dans mes années lycée, et j’avoue que ça marchait plutôt bien (préférez des trucs du style la peine de mort, le racisme, les USA…). Sur Internet, j’ai vite abandonné, il faut un talent incroyable et une bonne dose de chance aujourd’hui.

Mais là, non. Là, Lars Von Trier choisit le gros troll qui tâche, le premier troll historique après ceux sur Apple ou Microsoft, bref, le troll nazi. En d’autres termes, le troll le plus simple après la pratique du point Godwin, qui consiste à placer une référence à la Seconde Guerre mondiale quand on n’a plus d’argument (« - ouais on commence par se taper une femme de chambre black et après on fait passer tous les Noirs à la chambre à gaz ! »), puisque comme on le sait, la Seconde Guerre mondiale a vu s’effondrer toute la culture européenne et est un point de non retour argumentatif. Comme on le sait. Bref.

Trolololololo

Regardez-moi ça ! D’abord, lâcher le troll : « Je comprends Hitler. » Bim, c’est foutu. S’il ne s’explique pas sur ces trois mots, qu’il ne s’excuse pas immédiatement ou que sais-je encore, il est vraiment nazi. S’il s’était barré du plateau à ce moment là, c’était une enflure. MAIS, il continue. Il ne lâche pas, la phrase la plus exceptionnelle étant celle qui suit :

J’ai longtemps pensé que j’étais juif et j’étais content d’être juif. Puis j’ai découvert que j’étais un nazi parce que ma famille est allemande. Et ça me fait aussi plaisir dans un sens.

Et là on s’aperçoit qu’on est en face d’un Master Troller : d’abord la phrase est complètement absurde. « J’ai longtemps pensé que j’étais juif »… Ah ouais ? Moi j’ai longtemps pensé que j’étais un poulet, mais en fait non. Mais il y a mieux. Attention, chef d’œuvre : nazi = allemand. ÇA, ça, c’est l’art du troll à l’état pur. D’un troll banal, il redouble son troll par l’assimilation classique du teuton au nazi, éveillant les sombres années de l’Allemagne et un passé que les Allemands ont voulu dépasser de toute leur énergie collective, autant sur le plan historique que sur le plan éthique.

Et cette grognasse de Kirsten Dunst qui chouine

Bref, comment ne pas rire ? Comment se retrouver comme cette grognasse de Kirsten Dunst à murmurer des « Oh My God » d’incompréhension, formule toute faite et voulant dire dans le cas présent « j’espère que ces mots ne vont pas nuire aux millions de dollars que je me fais par an ».

Mais non, Von Trier est lâché, et personne ne l’arrête. Il finit en beauté. Redoubler un troll ? Petit joueur ! Von Trier le triple. Après Hitler et l’Allemagne nazie, voilà un nouveau pavé : « Israël nous emmerde. » Je veux dire, cette succession de phrases n’a aucun sens rationnel. C’est comme aller à un congrès de végétaliens et de faire l’historique du menu de son dernier Buffalo Grill, continuer avec les bienfaits de la viande de cheval et finir par dire que les musulmans sont des cons de pas manger de porc. Cela n’a aucun sens, si ce n’est, “for the lulz“, contempler de son trône la réaction du public.

Je ne sais pas si son film est bon, mais en tout cas Lars Von Trier a montré que les médias traditionnels manquaient très largement de pop culture virtuelle. Si j’avais été à la place du type qui tenait le micro, j’aurais écrit un gros “DON’T FEED THE TROLL” sur une belle pancarte. Et non, le monde entier tombe dedans, Cannes en premier, la télé ensuite… et le reste suit la machine médiatique.

De mon côté, je lui décerne ma Palme d’Or de la Webculture. Et je me suis bien marré.

Billet initialement publié sur Philo… so geek ; image CC Flickr AttributionNoncommercialShare Alike Some rights reserved by zen

Bonus : des courts-métrages de Lars von Trier qui vous permettront d’apprécier son humour. #oupas.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

]]>
http://owni.fr/2011/05/20/lars-von-trier-palme-dor-de-la-troll-culture/feed/ 58
Don’t feed the troll http://owni.fr/2011/04/16/dont-feed-the-troll/ http://owni.fr/2011/04/16/dont-feed-the-troll/#comments Sat, 16 Apr 2011 08:30:01 +0000 Yann Leroux http://owni.fr/?p=57100 Fidèles à leur tradition d’intertextualité (Peyron, D., 2008) et d’auto-documentation, les digiborigènes ont tôt fait de repérer un type de comportement dans leurs groupes en ligne. L’habitude a été prise d’appeler troll toute personne et tout message dont le but est de provoquer le plus grand désagrément aux autres.

Le troll est une figure centrale de la culture numérique. Schopenhauer et son Art d’avoir toujours raison a été érigé Grand Ancêtre de Tous les Trolls. Les trolls ont été étiquetés et classifié par les anthropologues amateurs de l’Internet. Des recommandations ont été formulées (ne nourrissez pas le troll !), les histoires les plus fameuses récoltées et racontées au coin des feux numériques.

C’est détruire les mondes

Le Troll est une figure de la destructivité dans les groupes. Il est la bouche avide de toujours plus de discussions. Mais les discussions qu’il provoque sont particulières. Lui seul en profite. Tel le géant Antée qui devenait plus fort à chaque fois qu’il touchait le sol, le Troll devient plus puissant à chaque fois qu’il touche une nouvelle polémique. Plus le Troll grandit, plus le groupe s’affaiblit. Le Troll transforme la nourriture des groupes en ligne en un poison : la conversation tue la conversation, le lien attaque le lien.

Le Troll est thanatophoros porteur de la pulsion de mort. Il est un persécuteur qui se présente comme un persécuté. Il retourne tout : le privé en public, le public en privé, le vrai en faux, le faux en vrai. Il est celui qui met en échec les potentialités créatrices de tout groupement. Il procède de deux manières : il pousse les idéologies à leur comble, jusqu’à ce que plus aucun interstice ne puisse exister. Le groupe étouffe alors littéralement sous ses propres idéaux.
La seconde stratégie relationnelle est de mettre en place un contrat paradoxal : discuter avec le Troll, c’est transgresser la règle commune “ne nourrissez pas le troll”. Ne pas discuter avec lui, c’est transgresser l’idéal d’égalité et de partage des groupes en ligne.

Fonctionnant dans l’ombre, il ne permet pas au groupe de s’organiser contre lui. Le troll est un parmi d’autres, et il avance, comme tous, son désir de bien faire, masquant dans le même mouvement que c’est un désir de bien faire le mal. Tout groupe fonctionne avec l’imaginaire d’un extérieur menaçant et d’un intérieur sécure. C’est cette articulation première que le troll met en danger. Le mal n’est pas au dehors. Il est au dedans. Il faut le reconnaitre et épurer le groupe. Il est l’investigateur d’une culture de paranoïa dans laquelle chacun est possiblement coupable.

L’issue pour un groupe aux prises avec un troll est toujours difficile. Elle passe parfois par le fait que quelqu’un accepte d’être porte-parole d’une violence qui devient alors fondatrice. Par exemple, lorsque Mr Bungle met à mal Lambda Moo, les tergiversations s’arrêtent uniquement parce que un ancien wizard prend sur lui d’exécuter la peine capitale à laquelle toute le monde pense. Cette exécution prend une valeur rituelle. Elle permet le réenchantement du monte, c’est à dire le retour des wizards et la mise en place de nouveaux dispositifs régulant la vie sociale du MUD. Le thanatophore a été transformé par cet acte de violence fondamentale en un bouc émissaire.

Ou les construire

Les trolls n’ont pas seulement une fonction disruptive. Biella Coleman a rapproché le hacker du troll en montrant que tous les deux ont à faire avec le bricolage et le détournement. Elle définit le troll comme “une classe de geek dont la raison d’être est de se livrer à des actes de moqueries impitoyables ou des plaisanteries douteuses”. Elle rappelle que le spectacle des trolls contribue à faire de l’Internet un espace public. Ils sont des agents de culture parce que leurs actes mettent en évidence que comme tout espace public, les relations que l’on y noue peuvent être risquées.

Les trolls seraient donc des agents édifiants : ils alarment le public et suscitent la mise en place de systèmes de protection. Elle n’hésite pas à rapprocher les trolls d’une figure très importante dans le folklore américain : le trickster.

Trolls et tricksters sont des spécialistes du mensonge, du vol, de la tromperie, du meurtre, et de la destruction. Mais ce sont aussi des porte-culture car leurs mensonges et leurs destructions “contribuent à perturber les catégories établies de la vérité et de la propriété et, ce faisant, à ouvrir la voie à de nouveaux mondes possibles”.

Dans cette optique, le troll est un articulateur. Il fabrique, il joint, il adapte. Son industrie s’étend des objets qu’il invente au langage dont il sait si bien faire jouer les articulations pour mentir, tromper, pousser les limites de la pensée ou encore reconstruire l’harmonie du monde :

Lorsque nous avons oublié que nous participons à la construction du monde, et que nous sommes devenus esclaves de formes laissées par les morts, alors un rusé artisan (« artus-worker ») peut apparaitre, effacer les vieilles frontières de façon si totale qu’aucun interdit ne subsiste et que la création doit repartir de zéro.
Ou parfois il peut juste desserrer les anciennes liaisons, graisser les articulations afin qu’elles puissent jouer ou les ouvrir afin que le commerce puisse apparaitre là ou « les règles » l’interdisait. En somme, lorsque la forme de la culture devient un piège, l’esprit du trickster nous dirige vers des changements profonds afin de rendre à nouveau la possibilité du jeu avec les articulations de la création, la possibilité de l’art.

La frontière entre le troll-trickster et le troll-destructeur n’est cependant pas étanche. La création va toujours avec une forme de destruction et de déliaison. La mise en jeu de l’infantile du troll trickster peut tout à fait provoquer des destructions graves comme le montre bien l’histoire de Communitree.

Des rêveurs et des idéalistes avaient établi dans le cyberespace une communauté dans laquelle la liberté de parole était la règle absolue. Sous l’égide de l’imaginaire de l’Arbre, chaque membre pouvait créer une branche abritant des conversations. L’arbre était si bon qu’il vint à l’idée des membres de Communitree de le partager avec des enfants. Communitree s’ouvre alors aux collégiens américains qui y accèdent à partir des laboratoires d’informatique de leurs écoles.

La communauté sera détruite en quelques semaines, submergée par les blagues scatologiques et sexuelles des enfants. Elle sera incapable de mettre en place des systèmes de protection et de formation des nouveaux venus à la culture du groupe. Elle le paiera de sa disparition.

“Il faut du chaos pour accoucher d’une étoile qui danse” disait Nietzsche. Cela reste vrai pour les cieux numériques.

> Article publié initialement sur Psy et Geek sous le titre Trolls et Trolls

> Illustration Flickr CC Benimoto et Davidking

]]>
http://owni.fr/2011/04/16/dont-feed-the-troll/feed/ 8
De la bonne gestion des trolls musicaux http://owni.fr/2010/11/30/de-la-bonne-gestion-des-trolls-musicaux/ http://owni.fr/2010/11/30/de-la-bonne-gestion-des-trolls-musicaux/#comments Tue, 30 Nov 2010 10:13:30 +0000 Valéry http://owni.fr/?p=28390 Tu as créé ton site web, ouvert ta page Facebook et ton compte twitter, , ca y est tu es prêt ! Te voici désormais à la conquête de ta communauté sur internet ! Mais attention, une espèce d’internaute que tu ignores encore rôde sur le web… Valéry te met en garde contre le Troll…

Puisque tu as tous ces sites, c’est bien pour y exister. Pour discuter, échanger, interagir. Tu vas donc voir arriver des gens qui te soutiennent, des purs fans, des mecs qui ne t’aiment pas et te le disent. Ceux-là, tu vas les gérer parce que tu vas les reconnaître. Mais le Troll, lui est un tout petit peu plus finaud.

Mais qu’est ce qu’un troll ?

Oui oh je sais encore un terme d’informatique de geek et tout. On s’en fout d’où vient le mot. Tu crois que ça m’amuse d’apprendre plein de trucs de geek à la con ? Non mais le vocabulaire et les concepts du geek doivent être maitrisés un minimum pour survivre dans cette jungle que serait internet.

Le Troll donc est un homme ou une femme qui n’a qu’un seul but : te pourrir la vie. Bien sûr on se dit tous que ça existe pas, donc on insiste, on argumente, on discute. Le troll se nourrit de notre insistance, de notre volonté de comprendre, discuter, convaincre quand lui n’est là que pour déprécier, mépriser, détruire.

Pour un internaute moyen, c’est déjà très fatiguant. Te faire prendre la tête par un troll qui veut absolument que tu reconnaisse que les moufles sont mieux que les gants en plastique pour faire la vaisselle c’est une chose.

Mais à moins d’être le président du club contre les moufles dans l’évier, tu vas vite lâcher prise : « heu ouais bon ok t’as raison, les moufles c’est mieux, salut… connard ».

Si tu écris quelques articles ici où là, déjà, le troll va te gonfler, te prendre du temps. Tu y passes du temps et hop lui il arrive pour critiquer, te démolir toujours avec des arguments fallacieux mais bien ciblés. Mais bon, allez quoi, il critique ma critique ? So what.

Mais si on parle de ta musique là déjà c’est plus la même. Ça va te toucher au cœur direct. Et forcément tu vas vouloir réagir.

Le Troll Musical

Surtout que le troll musical n’agit pas comme le troll des blogs. Le troll des blogs ou des forum arrive, écrit un truc dans le genre « ah putain mais just tro nulle ton article. Mais comment tu peu être assé con pour penser que Avatar n’est pas le meilleure filme de tous les temps espèce de gros connard prétention de parisien de merde de tête de chien à la con. Gerald Ps : connard » Normalement si tu es un tant soit peu prévenu, tu sais qu’il y a un troll qui se ballade sur ton site.

Mais le troll musical est d’un autre acabit. Le Troll Musical veut t’aider. Le Troll Musical a des contacts. Le Troll Musical sait ce qui est bien pour toi.

Et toi pauvre naïf, au premier Jean Françis (c’est une exemple) qui va se pointer « hey t’sais, j’connais un top programmateur qui pourrait surement t’aider. » tu vas plonger. Sauf que le Troll, Musical ou pas, est généralement un raté aigri. Qui rate tout ce qu’il entreprend et inpute son échec aux autres.

Et forcément ce qu’il te propose va foirer (si tu acceptes). Et si tu refuses en lui expliquant poliment que « non tu ne crois pas que venir chanter au gala de la moufle dans l’évier soit absolument indispensable » tu vas te prendre une avalanche d’insultes ou conseils ou imprécations, malédictions.

Ou pire, ce faux fan vrai troll musical qui va commenter toutes tes initiatives.

« ah cool ce concert à Millau. Vraiment cool. Mais moi j’aurais plutôt joué à la salle des moufles qu’à celle des lilas ». Ou « Bon j’aime bien le rouge, mais je préfère le vert pour la couverture » et qui va surement finir par un « ouais mais bon, désolé 12 euros le t-shirt vraiment je cautionne pas. C’est de l’esclavagisme.

Et en plus tu sais qui les fabriquent tes t-shirts » t’écrira le connard de troll musical bien assis sur son fauteuil conçu par des enfants, la main sur sa souris fabriquée par des enfants, portant son t-shirt fabriqué au Laos par des enfants et acheté 25 euros parce que dessus il y a écrit « I am a troll, so what ! ».

Apprends à repérer le Troll parce que sinon, il va te bouffer la vie. Je n’exagère pas. Je ne peux pas t’en convaincre mais demande autour de toi, clique sur les quelques liens et tu verras qu’un Troll peut t’emmener loin. Très loin. Et te bouffer ton énergie. Parce qu’il se nourrit de ton énergie.

Mais alors je suis condamné à me faire Troller ?

Sache le, le troll musical comme l’autre troll se nourrit de ta colère. Et un troll appelle l’autre. Comme s’ils étaient connectés. Donc plus tu réponds, plus ils arrivent.

La méthode est pourtant simple et imparable mais comme toutes les méthodes il faut s’y tenir, à 100%, tout le temps et sans exception. Et je ne dis pas que c’est simple (je serais mal placé pour le dire).

Le Troll tu lui réponds UNE fois. Courtois, poli, ironique pourquoi pas. Et tu vois. Le bon sens devrait te permettre de voir si c’est une personne qui a la critique saine

Si ça repart sur un combat de moufle, c’est un troll, tu ne lui réponds plus jamais. PLUS JAMAIS. Tu verras. Le Troll disparait. C’est dur bien sûr parce qu’on a tous envie d’avoir le dernier mot, que quand même là quand il te dit que tu jouerais mieux avec des moufles t’as un peu envie de lui répondre. Mais non : Tu l’ignores.

Le troll est soluble dans le silence et il meurt de l’ignorance puisque dans la vraie vie tout le monde l’ignore. Et plutôt que de faire des trucs bien sur le web, il a décidé d’être con. Bref, emmerde les trolls, ignore les et occupe toi de ta musique et de tes fans, les vrais !

PS : De ce point de vue là tu pourrais considérer que je suis une sorte de super troll, de maxi méga maonster troll vu comment je suis là à vouloir t’aider et tout. Mais bon, je te rappelle juste que c’est toi qui viens chez moi et pas l’inverse

__

Cet article a été initialement publié sur BCommeBoxsons.

Valéry est le fondateur du site BCommeBoxsons et est également à l’origine du projet Net Emergence.

Crédits photos CC flickr : .m for matthijs, julesagogo, betsythedevil

]]>
http://owni.fr/2010/11/30/de-la-bonne-gestion-des-trolls-musicaux/feed/ 5
Godwin partout, nazis nulle part http://owni.fr/2010/11/28/godwin-partout-nazis-nulle-part/ http://owni.fr/2010/11/28/godwin-partout-nazis-nulle-part/#comments Sun, 28 Nov 2010 09:00:19 +0000 Boumbox http://owni.fr/?p=37127 Le point Godwin c’était un truc bien. Je me rappelle encore quand j’ai appris son existence au début des années 2000, sur un forum. C’était un de ces moments merveilleux où tu découvre que quelqu’un a mis des mots là où personne ne l’avait vraiment fait avant.

C’était utile quand la discussion partait en couille. On disait « point Godwin » et puis on riait tous et on se resservait une tournée de Manhattans. C’était une époque plus civilisée.

Aujourd’hui, on a des gens qui attribuent des « points Godwin » comme des lettres écarlates à quiconque évoque les nazis sur internet, que ce soit pour une blague, une discussion de la liste de Schindler ou, sait-on jamais, ça arrive, une comparaison tout à fait justifiée.

Pour rappel : comparer Obama à Hitler parce qu’il propose un plan de sécurité sociale modeste, c’est con. Noter les similitudes entre le traitement des Roms cet été et en 1940, ça peut être une mise en perspective plutôt utile.

Atteindre le point Godwin plutôt que le distribuer

Le point Godwin, c’est un état, pas une sorte de carton rouge à distribuer. Ce que Mike Godwin a inventé, ce n’est même pas un point, c’est une loi :

Plus une discussion sur Usenet dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.

Usenet est mort, mais pas la loi de Godwin : chaque jour de nouveaux exemples viennent confirmer sa loi.

Pour Mike Godwin, qui venait de lire un bouquin sur la mémétique, sa loi était une expérience et elle a incroyablement bien marché. Il en avait marre de voir les gens se traiter de nazi sur Usenet, et la connaissance aujourd’hui universelle de cette loi a certainement contribué, sinon à réduire la fréquence de ces comparaisons, du moins à ce que ceux qui les lisent les prennent avec plus de pincettes.

Bref, évoquer la loi de Godwin, c’est tenter de tempérer le débat, ce qui souvent est quand même plutôt une bonne chose. Distribuer des « points Godwin », c’est tenter de tuer le débat. Un peu comme un nazi, lol.

Troll, hipster, hater… les alternatives au point Godwin

En fait, comme la commissaire européenne Viviane Reding l’a appris à ses dépends cet été, le reductio ad hitlerum peut très vite se retourner contre vous et a perdu toute sa force faces aux distributeurs de points G. Voici donc quelques autres outils plus utiles aujourd’hui :

- Le point troll : on en avait déjà parlé sur Boum Box, traiter quelqu’un de troll, ça peut être très utile quand vous êtes acculé dans une discussion

- Le point rageux : « Rageux », c’est l’adaptation française du hip-hop « hater ». Le hater est, selon Urban Dictionnary, toute personne incapable d’être heureux du succès d’une autre personne et qui va par vengeance attirer l’attention sur un défaut chez le winner. Traiter quelqu’un de rageux, c’est ôter tout crédit à sa parole au prétexte qu’elle serait jalouse. Ça peut être très utile quand on est une star du hip-hop pleine de fric et de défauts.

- Le point playskool@smahingpenguin) : c’est quand vous traitez votre interlocuteur de pédophile. Exemple : – « Bonjour monsieur le président. belle journée n’est-ce pas ?», – « J’ai l’intime conviction que vous êtes un pédophile, connard ! ».

- Le point hipster : traiter quelqu’un de hipster, c’est le désarmer totalement dans toute discussion culturelle. Personne ne sait exactement ce qu’est un hipster, tout le monde en parle, tout le monde en a vu mais personne n’en connait vraiment. Surtout, tout le monde a peur d’en être un, aussi invariablement, votre interlocuteur abandonnera la discussion en cours pour se défendre de cette terrible accusation

Parmi les nombreuses autres lois de l’internet, il en existe une qui peut contrer le point Godwin : le loi de Cohen. Selon cette loi que je ne prendrais pas la peine de traduire : “Whoever resorts to the argument that ‘whoever resorts to the argument that… …has automatically lost the debate’ has automatically lost the debate.”, ou encore, en version longue :

‘whoever resorts to the argument that… ‘whoever resorts to the argument that … ‘whoever resorts to the argument that… …has automatically lost the debate’ …has automatically lost the debate’ …has automatically lost the debate’ …has automatically lost the debate’ …has automatically lost the debate’ has automatically lost the debate. »

Exercice : Retrouve dans cet article les allusions aux nazis qui relèvent de le loi de Godwin et celles qui n’ont rien à voir avec cette loi.

Crédits photos cc FlickR : custer_flux, Esteban …, Pedro Glez.

Article initialement publié sur Boum Box.

]]>
http://owni.fr/2010/11/28/godwin-partout-nazis-nulle-part/feed/ 421
La fabrique des images sur 4chan http://owni.fr/2010/11/22/la-fabrique-des-images-sur-4chan/ http://owni.fr/2010/11/22/la-fabrique-des-images-sur-4chan/#comments Mon, 22 Nov 2010 15:52:21 +0000 Patrick Peccatte http://owni.fr/?p=36620 L’Internet vient de vivre une guerre picrocholine entre le board /b/ de 4chan et la plateforme de micro-blogging tumblr. Plusieurs channers ont en effet reproché à des utilisateurs de tumblr de mettre en ligne sur leurs blogs des images provenant de 4chan sans mention de leur origine. Ils ont alors organisé une attaque par déni de service contre tumblr. Les observateurs du phénomène étaient un peu consternés de découvrir à cette occasion un réflexe d’appropriation de contenus visuels produits collectivement et anonymement.

Les /b/tards de 4chan ont en effet la réputation de créer et de faire circuler de nombreux mèmes visuels. À tel point que le site dans son ensemble est parfois qualifié d’usine à mèmes. Le créateur de 4chan, Moot (Christopher Poole), a lui-même décrit la plateforme en ces termes lors d’une intervention partiellement retranscrite

Si la question de l’accès à la notoriété des créations graphiques de 4chan retient nombre d’observateurs, les processus de création des nouvelles images sont par contre très rarement abordés et jamais réellement expliqués, sauf à utiliser l’expression vague de « création collective ». À lire certains articles, 4chan serait une sorte de chaudron magique produisant sporadiquement des mèmes visuels issus d’une sorte de cerveau collectif dont le fonctionnement est obscur et ne présente guère d’intérêt.

Nous avons montré dans un article précédent que les images qui transitent par 4chan proviennent pour l’essentiel du Web ouvert habituel. Nous écrivions en conclusion de nos observations que le caractère sulfureux de ce site provient en grande partie de l’accumulation d’images en un endroit unique et de leur détournement, malaxage et transformation sur cet espace. Mais pourquoi et comment sont constamment réalisées ces transformations, ces fabrications de nouvelles images sur 4chan ?

The Internet and /b/ (sélection)

Nous décrirons ici les principaux procédés qui conduisent à l’apparition de nouvelles images ou de nouveaux usages iconiques sur 4chan et tenterons d’expliquer les conditions de leur succès sur le site lui-même. Cette activité soutenue mais brouillonne, faite de tâtonnements et d’essais plus ou moins heureux, est en effet préalable dans bien des cas à la constitution (éventuelle) de nouveaux mèmes visuels sur Internet.

Rappelons tout d’abord que les contenus postés sur 4chan sont extrêmement volatiles. Plusieurs centaines de posts arrivent chaque jour sur le board /b/ et un thread (un fil de discussion, nous conserverons le terme anglais dans la suite de ce billet) ne reste visible que très peu de temps, de quelques heures à quelques jours. Il n’est pas possible dans ces conditions de mentionner ici directement des références à des threads ou à des images. Nos observations ont donc été réalisées en grande partie (mais pas seulement) sur le site d’archives partielles 4chanarchive qui effectue une sauvegarde des threads les plus intéressants (les epic threads) sélectionnés par des participants et par un collectif de “curateurs” (plus de précisions ici).

Tous les liens que nous mentionnons par la suite renvoient ainsi à des threads archivés sur 4chanarchive. Ils sont cités ici avec leur titre tel qu’il figure sur ce dernier site, mais ce nom bien sûr ne figurait pas à l’origine sur 4chan.

Il est important de comprendre la structure d’un thread qui commence toujours par une image accompagnée d’une invitation à discuter. Celle-ci est souvent formulée de manière stéréotypée : Discuss, X thread, Tell me X, Rate my X, How is X, It’s X time, X tiem (altération de X time), Your face when X, Sauce, Dump, Hey /b/, /b/rother, What does /b/ X, Any X fags here, etc., où est X est le sujet du thread.

Pour comprendre les modes de fabrication de ces images, on ne doit pas négliger les discussions associées qui éclairent bien souvent les orientations et les choix iconographiques effectués par les participants. Il existe par ailleurs des threads pratiquement dénués d’images. Ce sont essentiellement des discussions, des joutes ou des concours, par exemple de poésie farfelue (Poetry), de chanson (Song Time), de résumés d’œuvres littéraires en quelques mots (Story Summaries), des séries d’histoires sur un thème (Retarded Customer Stories), ou même des propos émouvants dont on ne peut savoir s’il s’agit de fakes (brother Says His Goodbye), etc.

Image issue du thread "Birds!!!"

Même les threads peu imagés sont rythmés par des méta-illustrations qui les ponctuent de temps à autre. Il s’agit d’images figurant l’approbation (brilliant, I like this thread, X approves, etc.), la désapprobation, le rire, l’identification d’une provocation (troll), des avertissements (no spam), etc., ou même des images analogues aux signes phatiques du langage et qui n’ont d’autre but que de « relancer la machine ». Pour certains threads, ces méta-illustrations sont parfois plus originales que les images en contexte.

Un thread archivé comporte en moyenne de 50 à 150 images. Toutes ne sont pas, loin de là, en rapport avec le post l’ayant initié. De même que les réponses textuelles au post initial et les conversations qui s’ensuivent peuvent être en contexte ou totalement hors contexte, il existe de nombreuses “pic unrelated” dans les threads (en plus des spams déjà mentionnés). Tant en ce qui concerne le texte que l’iconographie déployée, le point d’arrivée d’un thread peut être tout à fait différent du sujet de départ. Les changements fréquents de sujet constituent l’une des caractéristiques de /b/ dont la dynamique principale, sur le plan visuel, est bien la recherche des images exploitables, celles qui possèdent un fort potentiel de détournement.

La focalisation sur ce type d’images entraine aussi parfois la manifestation explicite ou implicite d’une volonté de “faire du même à tout prix”, concrétisée par les forced memes.

Après ce bref rappel sur la constitution des threads, examinons quelques mécanismes utilisés pour fabriquer de nouvelles images. Nous en avons recensé une trentaine décrits ci-dessous suivis de quelques exemples:

Collections

Ces nombreux threads sur des sujets très divers constituent d’importants lieux de découvertes d’images « brutes » qui seront ultérieurement transformées dans d’autres threads.
Become Useful, Thor, Stencilfags, BIRDS!!!, Ladies Tied To Other Ladies,  Knock-Off Bootlegged Shit, Mods Are Asleep; Post Tea Cozies, George Bush’s handshakes, Robot Unicorn Attack Comics, Infothread (voir aussi Info Thread No. 9001),  Epic Art Thread , accident gifs (gifs animés d’accidents).

Images curieuses

Atypical Photography, Weird, But Fascinating Pics, Kick Shoop (jouets et gadgets curieux)

Image issu du thread "Weird but fascinating pics"

Wallpapers

Epic Wallpapers, Scenic Route Wallpaper

Collections lol sur un thème

Stormtroopers, Lolporn (gifs animés), Nostalgia Tiem (thème revenant plusieurs fois, cf. Moar Nostalgia), Cornography,  Overthrowing Our Metallic Overlords, Oldfags Inherit the Earth

Ajouts de légendes sur une image proposée

Courage Wolf’s Son (à partir du même Courage Wolf et avec une incitation à produire un nouveau mème), Advice Shepard, GTA: SA Nostalgia

Ajouts de légendes sur des images choisies selon un processus pseudo-aléatoire

Cancer Cure et Cancer Cure Part 2, images réalisées à l’aide du cadre Motivator (autre outil fréquemment utilisé: Memegenerator)

Sujet variable, manifestation du hasard

Epitome of Random,  random band names, most random thread of 2007

Ajouts de légendes et titres sur des dessins détournés

Asshole Jesus (devenu mème sous le nom Jesus is a Jerk), SoniComics (et son mème Sandwich Chef), Tapestry (avec de nombreuses reprises: tapestrybayeaux [sic] tapestry time; devenu une image-macro, voir ici)

Image issue du thread "Asshole Jesus"

Modèles à compléter, stéréotypes

4chan Drinking Card Game (Updated), Spidey/Venom OC,  Division By Zero

Montages selon une règle imposée

Combo Advice

Détourage et collage

Keanu et Sad Keanu,  Let’s Have Some Fun (la partie vide est un modèle), Face replace (remplacement de visages), Kick Shoop, Cool Guy Is Cool, Shearing Teeth, Kobr ’shopped

Ajout d’éléments sur des images

Iz Dat Sum OC? (ajout de lunettes, v. aussi les parties 2 et 3, devenu le mème Holdy), draw rockets on fish, Awesome Animals With Frickin’ Laser Beams Attached To Their Heads

Ajouts d’éléments et déformations

Can You Make Me Look Less Fat?, Shooping Girls

Associations d’images sur un thème

Pee Wee’s Secret Word: “Nigger”, Oceanfags Report In, Photobomb, 4chan Inc.

Créations de dessins et variations d’images

Epic Green Guy (voir aussi Gentlemen, décliné en plusieurs threads et devenu un même), Draw Desktop Icon In 30 Seconds, Draw Like You’re 5, Draw Trollface From MemoryBeer Drinking Owl, Anti-Recycling Signs, Stuck On The Top Of A Stone Pillar, How /b/ digs out of a hole (sur un thème imposé)

Demande de manipulation d’images

Faggots Becoming OP’s Personal Army, World Leaders Converse (demande détournée vers un autre mécanisme créatif jugé plus intéressant)

Micro roman photo en quelques images, montage vertical

Moar Verticals, Verts

Descriptifs excessifs

Too Much Win

Parodies de poèmes ou de chansons

Hitler Rhapsody,  Hitler Sings To /b/, The /b/tles

Illustrations de phrases célèbres

Favorite Movie Quotes

Légendes sur des dessins animés ou des mangas

Blowing This Bubble, DBZ Puns

Cinéma

/b/’s Favorite Movies, anybody seen that movie… (création de titres), Renamed Movies That Sound Horrible

Illustrations sur une phrase récurrente (catchphrase, motto)

Lol, You Can’t, Haters Gonna Hate Variations (catchphrase devenu mème), Classic Innuendoes (et seconde partie), Don’t Know Much, things /b/ hates, Ted2010, I love

Illustrations sur un modèle de phrase

I __ While I __

Rule 34, rule 35 (s’il n’existe pas de version pornographique d’une image, elle doit être créée)

best of rule 34, epic rule 34

Planches-contact (en général pornographique)

Ariel Rebel

Variations sur un mème visuel produit sur /b/

moot Kills EFG (note: EFG = Epic Fail Guy)

Histoire parodique développée le long du thread

Argentina Vs Britain, Poor Germany (histoire de la Seconde Guerre mondiale), Julius Caesar

Jeux sur les numéros de post

Foar Science

Autodérision envers 4chan, thread introspectif, 4chan et le reste d’Internet (v. illustration ci-dessus)

4chan Comparisons, DBZ Puns, 4chan movie casting

À propos de Moot

Moot message, moot fanmail, moot At Datacenter

Cette liste ne prétend évidemment pas être exhaustive. Les procédés recensés ne sont pas non plus uniformément utilisés dans un même thread et plusieurs créations graphiques peuvent être issues de l’application successive de divers mécanismes (et il n’est pas toujours facile d’en reconstituer l’historique).

Les procédés en question ressemblent en fait à des recettes ludiques simples dont l’objectif est de produire à grande vitesse des images exploitables et susceptibles de capter l’attention (cf. le concept de prosécogénie introduit par André Gunthert). Les jeux visuels produits ainsi collectivement ressemblent à ces créations verbales ou textuelles que les anglo-saxons nomment round robin. On pourrait aussi les comparer à des histoires racontées par une assemblée de scouts autour d’un feu de camp où les épisodes sont complétés successivement et très rapidement par chacun des participants.

La dimension temporelle est très importante. Comme nous l’avons déjà signalé, un thread ne dure pas longtemps. Il existe ainsi une logique interne du développement du thread où les intervenants se répondent, s’interpellent, s’injurient, à l’aide de mots et d’images, dans une course contre le temps. Il s’agit de faire reconnaître les nouvelles créations dans un fatras qui disparaît rapidement. Le pari est gagné quand une image apparue dans un thread est reprise dans un autre. En ce sens, les demandes d’archivages qui interviennent lors du développement des meilleurs threads peuvent être vues comme une consécration. L’archivage permet de pérenniser l’éphémère et fonctionne comme l’antichambre du mème visuel. La fabrique des images sur 4chan est essentiellement un processus d’accrétion dans un ensemble de flux volatiles où l’image agglomère de nouveaux usages; elle s’autonomise ainsi en subissant des transformations et des associations inédites.

Article initialement publié sur Culture Visuelle

Illustration de Une CC FlickR par RedHerring1up

]]>
http://owni.fr/2010/11/22/la-fabrique-des-images-sur-4chan/feed/ 9
Comment l’UMP utilise le troll politique pour accaparer le débat http://owni.fr/2010/09/22/comment-lump-utilise-le-troll-politique-pour-accaparer-le-debat/ http://owni.fr/2010/09/22/comment-lump-utilise-le-troll-politique-pour-accaparer-le-debat/#comments Wed, 22 Sep 2010 08:26:32 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=28813 Nicolas Sarkozy doit beaucoup à Léon Zitrone. A une maxime surtout : « Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi ! » Une leçon d’homme de télévision assimilée par le Président de la République comme une leçon de communication : dans une société du bruit médiatique, gueuler le plus fort est ce qui compte, quitte à dire n’importe quoi. A ceci prêt que ce « n’importe quoi » doit être assez efficacement conçu pour marquer les esprits dans le sens où la politique veut les mener.

Depuis la rentrée, le gouvernement a déployé un arsenal de communication prodigieux pour occuper tout l’espace médiatique, couvrant de ses déclarations fracassantes ou édifiantes les moindres mots de mise en garde ou d’indignation de l’opposition, des syndicats ou des penseurs qui se débattent à pointer ce qui a été défait par la « rupture ». Et ce simple fait marque la force d’un gouvernement sûr de lui : en 2007, c’est en remportant la bataille du discours que Nicolas Sarkozy a marqué les esprits. Sur chaque sujet, ses concurrents, à commencer par Ségolène Royal, ne faisaient que s’aligner, réagir dans le débat lancé par l’UMP. La plus grande défaite de la gauche ayant été de voir sa « vie chère » recallée par le « pouvoir d’achat » du programme de la droite.

Cette rentrée, la dernière avant le début de la campagne, marque une accélération dans un accaparement du débat qui, à première vue, ressemble à un troll massif de l’agora médiatique. Mais dont les effets de manche consistent surtout en trois techniques redoutables maquillée en grossièreté politique.

La mithridatisation ou « les sourds préfèrent qu’on leur parle doucement »

En déclarant qu’il aurait préféré que « le Luxembourg n’existe pas », après la critique de Viviane Reding sur la politique de la France envers les Roms, le sénateur Philippe Marini a battu des records d’indignité. Ses déclarations étaient jugées par le ministre des Affaires étrangères du Grand Duché « du même niveau que les discours de Mahmoud Ahmdinejad ». Remarquable en effet.

Car, en fixant la barre aussi haut dans la violence verbale, toute proposition un cran au dessous est considérée comme « relativement raisonnable ». De quoi couper l’herbe sous le pied de tout parti d’opposition qui, à moins de vouloir rentrer dans un concours se retrouve le souffle coupé au premier round. En lançant des projets de loi absurdes ou honteux, le même Philippe Marini avait opéré un joli coup en décembre 2008 : proposant de déduire des impôts les pertes de ceux qui avaient joué en Bourse et perdu avec la crise, il avait été déboutté… Permettant au gouvernement de jouer les redresseurs de tort en ne faisant que corriger l’un des siens !

Durant toute la passe d’arme qui a opposé la France à l’Union européenne, la méthode a fait florès : de Jean-François Copé à Chantal Brunel, la majorité s’est arrogé le droit de s’en prendre frontalement aux institutions, aux États membres, etc. Devant quoi l’opposition ne pouvait que s’indigner. Las, l’indignation est une posture passive : l’UMP restait à l’initiative et au premier plan à l’écran.

L’internalisation du débat ou « je suis content que nous ayons cette discussion au sein de l’UMP »

Pas de mérite à relever cette technique : c’est Xavier Bertand lui-même qui a vendu la mèche sur France inter lundi 20 septembre. Le week-end entier avait été animé du débat suscité par les propositions de Brice Hortefeux pour réformer la justice, notamment l’instauration de jurys populaires et l’élection des juges. Cacophonie dans la majorité : Gérard Larcher et François Fillon se déclarent contre le principe d’élection, Michèle Alliot-Marie déclare avoir ses idées (encore heureux, c’est elle la ministre de la Justice…). Bonhomme, Xavier Bertrand se félicite de l’ambiance : « qui fait vivre ce débat ? Notre famille politique et la majorité, moi je m’en réjouis. »

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Car en gardant en son sein toute la palette des options sur un sujet ou un autre, l’UMP coupe encore une fois l’herbe sous le pied de l’opposition. Vous êtes pour l’élection des juges ? Hortefeux aussi ! Vous êtes contre ? Ah, comme François Fillon alors ! Une fois le sujet imposé, l’Élysée pose chacun de ses pions sur une case avant de prendre sa décision : la place est prise, la gauche n’a plus qu’à réagir. L’UMP conserve la main.

Le hors sujet ou « la cuisine est sale mais j’ai balayé le couloir »

Les syndicats ne pourront pas dire que le gouvernement ne veut pas négocier. Certes, il refuse catégoriquement de toucher à la retraite à 62 ans et au taux plein à 67 mais il propose autre chose. En page 4 du Parisien du 21 septembre (J -2 de la deuxième mobilisation), le titre de l’interview d’Eric Woerth est clair : « Retraite : « nous allons proposer de nouveaux amendements ». » Il faut pousser à la fin du paragraphe de présentation pour apprendre que le ministre du Travail considère que « les mesures d’âges de 62 et 67 ans ne sont pas négociables ». La tête de page est passé, les gazettes pourront annoncer « Woerth prêt à des aménagements sur les retraites », le hors sujet est passé.

Et, dans ce « hors sujet » là, ce n’est pas l’élève qui est jugé mais le prof : en montrant cette fausse souplesse (on apprend en troisième colonne d’interview que Woerth ne compte pas égratigner les hauts revenus), le ministre fait passer ses critiques, les syndicats et l’opposition, pour des pinailleurs, des obsessionnels… Pire : pour des capricieux qui risquent de laisser passer l’occasion d’améliorer le sort d’une part marginale de la population. Au final, ces « amendements » ne seront peut-être même pas adoptés en séance. Mais qu’importe : syndicats et oppositions ne pourront pas dire que le gouvernement n’a rien proposé. L’UMP garde la main.

Combinées, toutes ces techniques ne donnent pas au gouvernement la capacité de « gagner » le débat sur les retraites. Ils lui donnent simplement la main sur le fameux débat, s’assurant qu’aucune déclaration de l’opinion, aucune réaction des syndicats ne sortira du cadre qu’il a défini. Que ce soit pour critiquer ou soutenir, toutes les propositions faites dans le débat sur la réforme des retraites se réfèrent à un membre de la majorité. En bien, en mal, peu importe : l’important, c’est qu’on parle d’eux.

Crédit photo : altemark,Martin Kingsley

]]>
http://owni.fr/2010/09/22/comment-lump-utilise-le-troll-politique-pour-accaparer-le-debat/feed/ 86
Blog: de l’art du commentaire http://owni.fr/2010/07/25/blog-de-lart-du-commentaire/ http://owni.fr/2010/07/25/blog-de-lart-du-commentaire/#comments Sun, 25 Jul 2010 13:35:44 +0000 Laurent Bourrelly http://owni.fr/?p=22931 Entre spam de base pour chasseurs de liens en dofollow et réponse développée sous forme de billet, il existe tout une gamme de commentaires qui méritent de s’attarder sur cette zone dédiée à la discussion sur un blog.

Voyons voir quels sont les bénéfices d’une pratique maîtrisée du commentaire – tant au niveau du lecteur que du blogueur.

Tout d’abord, je dois faire mon mea culpa car j’ai de gros défauts dans la gestion des commentaires sur ce blog. Principalement, j’ai du mal à entretenir la conversation sur les anciens billets et je réponds parfois sur les récents avec un retard qui dépasse le délai raisonnable. Je présente toutes mes excuses à ceux qui voient leur message répondu tardivement ou pas du tout. Il ne faut pas penser que je ne porte pas d’attention aux messages, mais j’essaye de porter un minimum d’attention à certaines réponses et cela demande du temps que je n’ai pas forcément dans l’instant de la lecture. Il ne faut pas hésiter à me relancer si besoin, le mieux étant de procéder par e-mail.

Les bénéfices du commentaire de blog

Tous les blogs ont besoin de commentaires. Cet échange entre le lecteur et le rédacteur est devenu une caractéristique indispensable du blog. Pour le rédacteur, cela assouvit l’insatiable besoin d’attention. Le lecteur trouve aussi son compte dans cette interaction, mais il oublie parfois que le blogueur attend un retour sincère, plutôt qu’une vulgaire manipulation d’intention ou message anodin et insipide.

Bénéfices pour le blogueur

  • Gratification pour l’ego.
  • Contenu généré de manière organique par le biais d’UGC (User Generated  Content).
  • Information utile lorsque le commentaire est informatif.
  • Amélioration de son contenu lorsque le commentaire rebondit sur l’information.
  • Possibilité de mise en relation directe.

Bénéfices pour celui qui commente

  • Sentiment d’être utile.
  • Faire connaître son site.
  • Se démarquer.
  • Se faire des amis/prospects/clients.
  • Engranger des backlinks.
  • Entrer en relation avec le blogueur.
  • Faire la promotion de sa marque et/ou de son nom.

Comment participer dans les commentaires

Pour les chasseurs de liens en dofollow, j’envoie vers les modes d’emploi de AxeKeeg et Oseox qui ont traité le sujet «comment spammer un blog dofollow».
Personnellement, je suis assez souple envers ceux qui recherchent simplement un lien, mais il faut bien garder à l’esprit que l’image donnée par cette pratique est plutôt égocentrique. Sauf que tout le web est devenu égocentrique, alors bon…

Ensuite, le commentaire n’est pas pour tout le monde. Preuve en est le nombre régulier d’e-mails que je reçois de personne qui préfèrent s’exprimer en privé. D’ailleurs, certains blogueurs ont élevé ce style de conversation «one on one» à un niveau que je ne pourrais jamais appréhender. Le meilleur exemple est sans doute Seth Godin qui ne propose pas de commentaires publics, mais qui répond à tous les e-mails (plusieurs centaines par jour) en engageant la conversation uniquement par ce biais.

Pour ceux qui veulent bien participer en public, je pense que le meilleur commentaire possible se présente sous la forme d’un billet dédié sur son propre blog. La réponse sous forme de billet présente d’énormes avantages. Premièrement, vous êtes certain d’être démarqué par rapport au flot habituel de commentaires ; vous allez être remarqué par les autres lecteurs, mais surtout par le blogueur. Puis, la réponse sous forme de billet est susceptible d’attirer un lectorat qualifié qui avait déjà trouvé de l’intérêt à la première lecture. Le blogueur qui a inspiré votre billet pourra également faire un lien directement sur la page web avec les bénéfices évidents qui s’en suivent.

Le but de l’opération est de rebondir sur un billet en publiant sa propre vision sur son blog. Ensuite, il s’agit simplement de signifier par le biais des commentaires de la source qu’une réponse est présente chez soi.
Bien entendu, cela demande un effort puisque le sujet est imposé et il faut avoir quelque chose d’assez substantiel à dire pour faire réagir les foules. Aussi, c’est souvent la polémique qui va attiser le plus la curiosité et provoquer des réactions. La critique constructive est une stratégie à considérer, surtout en taclant les blogueurs les plus populaires. Tout en sachant qu’il faut être prêt à recevoir des salves négatives de la part des supporters du blogueur que vous avez mis à mal. D’ailleurs, certaines joutes entre blogueurs dits «influents» sont assez amusantes.

Il est toujours intéressant de rebondir sur les sujets principaux de votre thématique. Concernant la thématique du référencement, vous pouvez attaquer les yeux fermés tout ce qui touche au PageRank, Black Hat SEO ou la mort du référencement. Que ce soit en développant une information complémentaire ou en donnant un point de vue différent, il y a toujours moyen de rédiger un article si vous maîtrisez le sujet.

Entre le spam dofollow et la réponse sous forme de billet se situe toute une gamme de commentaires plus ou moins réussis. Il paraît que c’est futile de remercier simplement sans autre forme de participation constructive. Sauf que flatter l’ego est la raison numéro une pour laquelle un blogueur apprécie un commentaire. On peut conclure que le blogueur fait partie d’une espèce un peu bizarre souhaitant être flattée avec style.
Pourtant, on n’a pas toujours quelque chose à ajouter, tout en voulant marquer son approbation (ou pas).
Le fait est que les commentaires sont trop spammés, impliquant une méfiance accrue de la part du blogueur blasé par le nettoyage de ses commentaires. Peut-être que la solution se tient dans le bouton «Like» que je me refuse pour le moment à adopter ?

Spammeurs, vous êtes prévenus /-)

En fait, je pense que l’envie de commenter dépend fortement du billet en lui-même. Dans le cadre de mon blog, je note une baisse du nombre de commentaires dès que le sujet devient de plus en plus technique. Parfois, on se laisse surprendre par les sujets qui suscitent le plus grand nombre de commentaires ou les discussions les plus intéressantes.  Il est donc compliqué d’anticiper les billets qui verront une participation en hausse, mais c’est aussi au sein du flot de commentaires que l’activité peut s’élever grâce à des messages suggérant une réponse. Encore une fois, c’est la polémique qui va payer le plus pour attiser les réponses, mais il peut aussi y avoir des conversations constructives et pacifiques. C’est très intéressant lorsque la conversation dépasse les limites avouées du billet.
Autrement, la conclusion du billet est aussi l’occasion d’inciter aux commentaires en posant des questions ou en finalisant de manière ouverte afin que le lecteur ressente l’envie d’ajouter un complément d’information.

On peut aussi penser que le commentaire attire le commentaire. Il est facile de remarquer qu’un billet qui comporte plusieurs dizaines de commentaires va attirer plus facilement de nouveaux messages, tandis que l’article qui stagne à moins d’une poignée de messages va sans doute rester à ce niveau pour toujours.

La règle de base pour poser un message qui va retenir l’attention est d’être sincère. Peu importe si c’est pour simplement remercier ou carrément répondre sous la forme de billet, ce qui importe est de rester franc. Ainsi, parlez avec votre cœur et tout devrait bien se passer. Que ça soit pour le blogueur ou le lecteur, il est indispensable que le commentaire soit une source de satisfaction. Tout le reste va découler naturellement en respectant cette notion de base.

Il existe diverses techniques pour améliorer la discussion, dont la plus indispensable me semble être l’abonnement par e-mail aux commentaires. Dans le même genre, je trouve que l’abonnement par flux RSS est bien moins répandu. En deuxième position des indispensables, je mets l’affichage en évidence des derniers commentaires.
Sinon, il faut surtout s’attacher à faciliter au maximum l’ajout d’un commentaire, le «tool time» doit être réduit à sa plus simple expression. Dans ce sens, il vaut mieux passer un peu plus de temps à gérer manuellement en complément d’un bon plugin anti-spam, plutôt qu’obliger à passer l’épreuve du captcha. La compatibilité avec Gravatar et OpenID est aussi un bon atout pour faciliter le process. D’autres systèmes comme Disqus sont conçus pour favoriser toujours plus la discussion.
Pour aller plus loin, la créativité est la seule limite. Par exemple, faire gagner un cadeau à un commentaire tiré au sort est toujours une recette gagnante.

Le commentaire négatif

Un commentaire qui critique le billet, le sujet ou le blogueur va forcément brosser le poil dans le mauvais sens, mais le web serait tellement ennuyeux si tout le monde était d’accord ! Même si la discussion part en vrille et dégénère en bagarre virtuelle, je ne fais pas partie des bisounours qui refusent un débat musclé. Pas de pitié non plus si l’interlocuteur me broute (critère totalement subjectif) avec l’option éjection comme seule issue. Ma conviction profonde est qu’il est plus important de susciter une réaction – dans le bon ou le mauvais sens. Être ignoré est la pire pire chose qui puisse arriver à un blogueur, dérivant bien souvent dans la lassitude et l’abandon du blog.

Afin d’apaiser les commentaires agressifs, il est toujours efficace de répondre avec calme et courtoisie tout en adoptant l’adage «n’affronte pas quelqu’un qui cherche la bagarre». Parfois, on peut même voir de belles relations émerger d’un premier conflit. Il n’ y a que le cas du troll anonyme qui est plus radical à adresser ; ceux qui n’ont pas le courage de leurs opinions méritent juste le dédain – Eject as well !

Le commentaire positif

Un message constructif peut avoir un impact important. Cela peut faire changer d’avis au blogueur et au lecteur, mais surtout cela va apporter de la valeur ajoutée à l’image de celui qui explique quelque chose d’intéressant. C’est vraiment un excellent moyen de jauger les affinités et  je ne compte plus les relations que j’ai tissées par le biais de conversations nées dans les commentaires.

En tant que blogueur, mes commentaires préférés sont ceux qui me font réfléchir et carrément changer d’avis. Bien entendu, ce n’est pas pour tout le monde car il faut être capable d’encaisser la critique (constructive). Je pense que c’est une erreur de fermer carrément les commentaires pour cause d’incapacité à les gérer (négatifs, spam, etc.). Dans le genre « je patauge dans la choucroute », voici Michael Gray qui explique la raison de fermeture des commentaires.

Commentez sans cesse

Bien que l’exercice puisse paraître rebutant pour certains, je ne peux qu’encourager aux commentaires sur les blogs. Aujourd’hui, certaines thématiques (le référencement en fait partie) ont complètement déplacé la conversation depuis les forums vers les commentaires de blogs.

Cette zone bien particulière d’un site web qui est inhérente au format du blog est particulièrement propice à la visibilité. Ceux qui pratiquent assidûment de poser un message constructif sur le blog d’autrui ne peuvent nier que les bénéfices sont réels. De la même manière, les blogueurs qui reçoivent un nombre suffisant de participations pour satisfaire leur ego (nombre sujet à l’appréciation de chacun) doivent admettre la gratification et l’encouragement à entretenir un blog.

En fait, le commentaire est la deuxième moitié d’un billet. Même si je comprends l’attitude de ceux qui refusent la conversation publique (du côté lecteur comme rédacteur), il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un élément à forte valeur ajoutée. On peut tout à fait s’en passer, mais c’est bien mieux avec.

Billet initialement publié sur le blog de Laurent Bourrelly sous le titre “Faut-il vraiment commenter tant que ça ?”

Images CC Flickr duncan Ansy et D’Arcy Norman

]]>
http://owni.fr/2010/07/25/blog-de-lart-du-commentaire/feed/ 9
Discours d’investiture de Frédéric Lefebvre http://owni.fr/2010/07/14/discours-dinvestiture-de-frederic-lefebvre/ http://owni.fr/2010/07/14/discours-dinvestiture-de-frederic-lefebvre/#comments Wed, 14 Jul 2010 09:33:11 +0000 Alexandre Léchenet http://owni.fr/?p=21976 Si les journalistes de Mediapart n’avaient pas jeté l’anathème sur Eric Woerth, le gouvernement aurait été remanié. Les grandes lignes en étaient connues. Eric Woerth prenait la place de François Fillon, Patrick Devedjian quittait la relance pour prendre en main les retraites dans un Ministère spécialement créé pour l’occasion. Nathalie Kosciusko-Morizet remplaçait Roselyne Bachelot au Ministère de la Santé et des Sports. Et un petit nouveau faisait enfin son apparition, sans démériter. Frédéric Mitterand était remplacé par un autre Frédéric.

Frédéric Lefebvre serait donc devenu Ministre de la Communication et du Numérique, preuve de l’attachement de Nicolas Sarkozy au monde digital, comme il l’a rappelé lors de son interview sur France 2. Frédéric Lefebvre avait d’ailleurs commencé à mettre à jour son discours d’investiture, préparé à l’occasion du remaniement prévu l’an dernier, dans lequel il devait prendre le poste de Secrétaire d’État à la Communication et au Numérique. Il en profite d’ailleurs pour se féliciter du lancement du portail France.fr (qui ne se féliciterait pas ?). Nous avons réussi à le récupérer et nous vous le proposons en exclusivité.

Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes,

C’est avec beaucoup d’honneur aujourd’hui que je viens d’accepter la proposition de François Fillon, Premier Ministre, et de Nicolas Sarkozy, notre Président de la République. Je suis aujourd’hui Ministre de la Communication et du Numérique. Ce poste, je l’accepte avec grande joie car la Communication et le Numérique sont au cœur de ma vie de tous les jours. Issu d’une Majorité qui prend tous les risques pour réussir à réformer notre pays, je veux surtout être un Ministre qui défend les attentes de tous les Français. Faisant fi des commentateurs, j’ai prouvé depuis longtemps que je savais agir.

Mon premier agissement, d’ailleurs, a lieu aujourd’hui avec le lancement du portail France.fr. France.fr est le portail de la France sur Internet. Comme je le disais à ma secrétaire, la seule à utiliser un ordinateur [comme le sénateur Masson, NDLR] ce site pourrait être le seul site à visiter en France. Il est innovant et simple et présente même la météo !

Internet est une vitrine très importante pour notre pays. Ne sommes nous d’ailleurs pas le pays inventeur du Minitel, en avance de 30 ans ? Mis en place en 1980, par un gouvernement de droite, il permettait à n’importe qui de se connecter au monde. Ne venez pas nous dire ensuite que nous ne défendons pas la télématique ! Nos récentes rencontres dans le cadre du Club Parlementaire sur l’Avenir de l’Audiovisuel et des médias, dont je reste président d’honneur avec Frédéric Mitterand, Alain Minc, Claude Perdriel, Christine Albanel, Jacques Séguéla ou encore Jacques Attali me permettent aujourd’hui d’avoir une vision assez innovante et claire de l’Internet que nous souhaitons.

Cependant, et les récentes affaires l’ont prouvé, Internet reste un endroit dangereux, loin du rêve du Minitel, où l’on pouvait se connecter sans crainte. En 2008, je vous alertais [lors du débat sur le Servic Public audiovisuel, NDLR] sur les problèmes que posait l’Internet.

Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ?
Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ?
Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ?
Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ?
Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs oeuvres ?

Ce dont je peux vous assurer aujourd’hui, c’est que j’ai des réponses à ces questions. Il y a eu au moins une femme violée à cause de Facebook, 1 européen sur 5 achète des faux médicaments, de nombreuses jeunes filles sont manipulées sur des chats, trop de bombes ont explosé par accident. Quant aux créateurs ruinés, je ne prendrai pour exemple qu’un seul créateur, le plus grand. Johnny Hallyday qui fut obligé de quitter notre pays tant l’Internet l’a ruiné.
Et Internet ne s’arrête plus dans son comportement destructeur. Il corrompt la presse et notre jeunesse. Il était temps qu’un Ministère lui soit entièrement dédié. Il est temps que le Président de la République dispose, de la même manière que Barack Obama, d’un bouton pour déconnecter l’Internet. Il est temps de sortir la communication sur les réseaux de la boue dans laquelle la traîne à longueur de journée des petits malins.

Ce 14 juillet est une date importante pour l’Internet français. Pour moi. Et donc pour vous.

(discours prononcé le 14 juillet 2010 par Frédéric Lefebvre, Ministre de la Communication et du Numérique)

__

Crédit Photo CC Flickr : Nicolas Nova.

]]>
http://owni.fr/2010/07/14/discours-dinvestiture-de-frederic-lefebvre/feed/ 5